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Rando-psycho 4 : le phénomène « et toi, tamalou ?! « 

Nous avons longtemps évoquer, partager ici les joies, le bonheur de la randonnée. Si notre activité de loisir préférée est synonyme de plaisir, il n’empêche que marcher longtemps peut s’avérer une douleur. Dès lors le randonneur à peine arrivé sur le terrain préfère d’emblée aborder le sujet notamment, s’il n’est pas très en forme ce jour-là, en exposant ces maux à un interlocuteur bienveillant susceptible de l’écouter durant un, deux voire plusieurs kilomètres. Il peut ainsi évoquer sa dernière opération du genou qui ne manque de provoquer quelques souffrances diffuses les jours de pluie, ou ses problèmes d’estomac dus à la prise d’anti-inflammatoire pour le dit- genou. L’interlocuteur se montre généralement compatissant avant de recevoir l’inévitable question-boomerang :  » et toi , t’as mal où ? » . Deux sortes de réponse peuvent alors être données . Soit vous n’avez mal nul part et l’avouer serait faire preuve d’un cruel manque de sens du partage et plonger le souffrant dans la plus implacable solitude. Soit en vous montrant compatissant, en évoquant si possible vos propres déboires, même lointains ou largement amplifiés. Qu’importe, l ‘essentiel reste à convaincre que le tamalou n’est pas seul au monde et que son mal n’est pas incurable. Si par malchance vous n’avez jamais connu une telle pathologie, n’hésitez pas à évoquer celle d’un copain du cousin de machin. Ca marche ! Toutefois une telle stratégie peut vous exposer à la question embarrassante du randonneur :  » Est-ce qu’il a mal EXACTEMENT au même endroit ?  » . A cet instant comptez deux à trois kilomètres supplémentaires pour lui en faire la démonstration avec prudence sachant que ces connaissances en scanner, IRM, scintigraphie dépassent celles d’un interne en 3e année de médecine .

Qu’importe, l ‘essentiel reste à convaincre que le tamalou n’est pas seul au monde et que son mal n’est pas incurable

Vous l’aurez compris les douleurs de randonneurs se partagent, se commentent à grand renforts d’exemples personnels et constituent un des sujets majeurs de discussion et des alternatives aux thèmes professionnels comme le ras-le bol du télétravail, les promos qui tardent, les mutations menaçantes, le déménagement programmé du siège de la société et enfin l’ambiance délétère entre collègues .. etc.. Cependant le tamalou ne concerne étrangement que la souffrance physique. La véritable dépression, une blennorragie ou les peines de coeur ne sont que très rarement évoquées lors des randonnées, sauf extrême complicité ! Car le randonneur reste malgré tout stoïque et endure les douleurs du parcours les dents serrées, notamment dans les côtes très raides lorsque l’asphyxie stoppent net tous bavardages . Enfin, ne soyez pas surpris si au termes de longs kilomètres parcourus en compagnie d’un tel compagnon vous sentez soudain une douleur inconnue dans un membre. On touche ici au domaine du « tamalou psycho-somatisant« . N’y accordez guère plus d’importance et continuez votre chemin. Le phénomène du « tamalou » fait désormais partie de la totalité des clubs de randonnée où la moyenne d’âge dépasse largement la cinquantaine. A raison d’une écoute de tamalou par semaine, près quelques années passées dans une asso, vous avez de fortes chances d’avoir appris sur TOUTES les pathologies du randonneur ! Toutefois, certains de vos compagnons de marche habituels disparaissent parfois quelques semaines et reviennent en pleine forme, un mouvement naturel communément appelé le « turn-over de tamalou ».

Je terminerai ce chapitre par un témoignage personnel sur la douleur solitaire , celle d’un hypocondriaque. Je ne compte plus le nombre de pathologies imaginaires endurées .. SEUL durant mes cinq chemins de Compostelle . Sans personne à qui en parler !! Heureux pèlerins que je n’ai jamais croisés !!