Le Camino portugais – Le chemin de Compostelle aux trois visages.

Pèlerin addict-multi-récidiviste, je suis reparti en compagnie de mon amie allemande Sabrina vers Saint-Jacques de Compostelle depuis Lisbonne du 1er avril au 4 mai 2015. Une marche de 650 km sur les chemins pavés, les routes bitumées, les sentiers perdus dans les forêts d’eucalyptus. Après une première sur le Camino de Francès l’an dernier, ce voyage du Portugal à l’Espagne fut totalement différent. Et voici pourquoi.

DSCN1715Dans l’histoire des chemins de Compostelle, le Camino portugais fait partie des plus anciens. Au-delà du sacré, la via Lusitana crée par les Romains fut jadis un axe important de pèlerinage mais aussi d’échanges entre l’Espagne et le Portugal et ce durant des siècles. Aujourd’hui ce chemin vers Santiago suit le même itinéraire que celui du pèlerinage de Fatima. Le fléchage est jaune pour rejoindre la Galice et bleu pour se rendre au sanctuaire de Fatima. Je reviendrais sur cette étape.

Le Camino Portugais peut débuter du sud du pays en Algarve mais la plupart des guides le décrivent en détail depuis Lisbonne. Pourtant la majorité des pèlerins préfèrent partir de Porto, surtout s’ils ne disposent que de 10 jours, soit 264 km, ou s’ils sont effrayés par les 670 km depuis la capitale. Mais pas seulement ! On y vient. Pas question de la jouer petits bras, nous avons opté pour la longue distance. On a donc misé sur 29 jours de marche et 5 jours de plus pour s’assurer de reprendre l’avion au 5 mai et poursuivre jusqu’au cap Finisterre situé sur l’Atlantique à 80 km de Saint-Jacques.

Au fil des kilomètres nous allons en fait découvrir les trois visages du camino Portugais. Voici avec objectivité, j’espère, ce qui vous attend sur les portions suivantes :

Lisbonne-Porto. Entre enfer et paradis

DSCN1503 Les trois premiers jours depuis Lisbonne ?? Un doux enfer de nationales bruyantes et dangereuses. Et quelques lieux paisibles aussi !

Si la sortie de Lisbonne le long du Tage et en traversant le beau quartier né lors l’exposition universelle de 1998 est très agréable, nous sommes vite rentré dans le dur voire dans un véritable enfer .Durant trois jours, la camino n’est qu’une succession de routes nationales Sous un bon cagnard, il a fallut encaisser les bretelles d’autoroute et les camions derrière les rails de sécurité, les routes nationales avec leur flot de bagnoles, les zones industrielles mal fléchées. Sur les petites routes de campagne, cette marche deviendrait même dangereuse. Certains tronçons auraient d’ailleurs été déviés vu le nombre de personnes fauchées par des chauffards, notamment des pèlerins pour Fatima. Ce réseau routier n’est non seulement bruyant mais également sale par endroits. Les décharges sauvages ne sont plus. Cela dit, le voyage prend une toute autre saveur lorsqu’on arrive dans les petites agglomérations. En fait cette partie n’est qu’une succession de villages ou de bourgs. Non pas pour leur charme mais pour l’accueil exceptionnel que nous réservent les Portugais. Il suffit qu’ils entendent trois mots de Français pour qu’ils engagent la conversation et vous racontent leur vie. Au Portugal, personne ne nous a dit Buen Caminho , mais uniquement Buen viaje (bon voyage) . Les orangers sont à portée de mains, on fait discrètement son marché pour de se désaltérer de deux trois fruits juteux. A moins que ce soit les habitants qui vous en donnent un kilo histoire de vous plomber d’un kilo de plus. Et puis, on partage d’avantage le quotidien des portugais , avec notamment des restaurants populaires délicieux , copieux et en plus très bon marché . Un repas avoisine ici les 8€ avec du pinard ! Le passage par Fatima ne mérite vraiment le détour. Le sanctuaire ressemble à un immense stade sans vie encerclé de parkings et de boutique de souvenirs chargés de tous les ustensiles religieux du marché . La foi se mesure ici en nombre de cierges payants brûlés en file indienne devant un four. Asphalte, pavés, routes , cette portion du Chemin portugais s’avère un peu ingrate et douloureuse pour le corps. Rien d’étonnant si nous n’avons rencontré qu’une dizaine de pèlerins sur tout le trajet. Les possibilités de logement sont bien plus rares que sur les autres caminos. Alors il faut bien gérer la longueur de ses étapes. Evidemment, il convient de passer quelques nuits chez les Bombeiros , les pompiers volontaires. L’accueil y est très sympas. Du vrai dortoir à la salle de gymnase avec douches froides, les casernes n’offrent pas toutes le même confort ! De toute évidence les Portugais ne connaissent pas le camino vers Compostelle, ou très peu, mais feront tout pour vous aider à le retrouver. Un jour, suite à une erreur de fléchage, ou nouveau fléchage, on s’est retrouvé très éloignés de notre destination, avec 25 km déjà au compteur. Et bien les employés de la voierie nous ont commandé un taxi ! C’est le Portugal.

De Porto à Tuy (Espagne) – la beauté retrouvée

DSCN1533 La ville de Porto marque le point de départ d’un nouveau camino. A vous de choisir entre trois itinéraires : la côte, le centre ou un chemin plus à l’Est .

L’arrivée à Porto est marquée d’un superbe point de vue sur le fleuve Minho. Bâtie sur une immense et majestueuse colline, la ville étage ses maisons colorées jusqu’au port. Son charme en fait une destination touristique prisée. On y vient de toute l’Europe pour un WE. Il fait bon y flâner, déguster des pâtisseries ou les très bons vins locaux. Vous y trouverez de petites pensions entre 20 et 30 euros en oubliant pour une nuit la promiscuité des albergues. C’est ici que commence un tout autre camino. Voire trois ! caminos. Les pèlerins espagnols et internationaux y sont plus nombreux. Tôt le matin certains quittent la ville en longeant le fleuve pour rejoindre la côte . Ce «  Caminho da Costa » arrive même à Santiago. L’autre solution consiste à emprunter une seconde voie : le caminho central, celui-même décrit le plus souvent dans les guides. Enfin, il existe une troisième voie : le « caminho de Braga » qui passe le plus à l’Est . Lors d’une rencontre avec un pèlerin allemand, celui nous a suggéré de ne suivre la côte que deux jours, le central étant plus intéressant. Ce littoral portugais n’a rien d’extraordinaire. Les plages s’y succèdent dans une litanie de cafés cubiques et on se met à rêver de falaises . Toutefois, pour protéger la dune, il est aménagé d’un chemin en planches très agréable et des panneaux pédagogiques nous font découvrir le caractère de la flore locale. Nous avons quitté le bord de mer à Vila de Condé pour rejoindre Ratès. Et là le chemin n’est plus balisé ou alors illisible. Tous les pèlerins qui ont fait ce choix ont galéré. Nous y compris ! Pour l’anecdote, on s’est paumé dans une zone industrielle, le long d’une nationale menant à Ratès ..peut être ! En désespoir de cause et une rien énervé , je décide alors de faire du stop. Sans trop de succès. Gros coup de chance, un couple passe derrière nous sur le parking et propose de nous déposer ! Cela nous a évité ce jour-là une marche de 8 km en ligne droite le long de la Nationale. Sachez que ces trois chemins se croisent par deux fois, dont une à Ponte De Lima. Le passage dans cette ville fut un pur bonheur. C’est un endroit d’une quiétude sublime et d’une rare beauté. Un pont romain enjambe cette rivière où les espagnols se baignent l’été , une douce musique plane sur la ville et c’est un délice de prendre des verres en terrasse ou se balader sur les rives aménagées. Changement de décor, les forêts d’Eucalyptus se font plus nombreuses, les sentiers remplacent les routes et les villages dévoilent enfin leur charme. Néanmoins de nombreux tronçons pavés mettent à rude épreuve les jambes du marcheur.

De Tuy à Santiago : le tronçon espagnol du voyage très « Camino » 

DSCN1740 La partie Porto-Santiago ne nécessite que 10 jours de marche. Le décor y est somptueux et doté d’un riche patrimoine historique . Il existe même une variante dite « spirituelle » pour y découvrir quelques beaux monastères et églises.

La ville fortifiée de Tuy sera l’occasion de marquer le pas. C’est un bonheur de se perdre dans les ruelles médiévales. Il n’existe que peu de pensions mais les albergues sont très accueillantes. Dès la sortie de cette enceinte, on sent déjà les prémices de la Galice. Tout devient verdoyant , plus vallonné aussi . On retrouve le côté nature et calme qui font aussi la beauté d’un chemin vers Compostelle. Après Redondella, le pèlerin pourra emprunter une voie « plus spirituelle » en se rapprochant de la côte. Nous sommes bien Espagne car le balisage devient plus précis. Les bornes kilométriques informent de l’arrivée progressive vers le but . Soulagement ou angoisse selon votre état d’esprit ! les publicités pour les albergues se multiplient et l’offre est pléthorique. On sent que les Espagnols ont développé toute une économie autour du chemin alors que les Portugais s’avèrent un peu moins motivés ou organisés. Après tout tant mieux. Bref , bienvenue sur le Camino, celui que j’ai connu sur le Francès. Les pèlerins authentiques affluent gentiment vers St Jacques et les « touristes se concentrent sur les 100 derniers kilomètres . Cinq tampons suffisent pour récupérer une Compostella et vivre son heure de gloire. Facile de les reconnaître, ils prennent le bus et sont logés le plus souvent dans les meilleurs hôtels . Mais ils souffrent comme nous tous, voire plus ! Tout pèlerin sait que la première semaine est difficile. Enfin, c’est toujours émouvant d’arriver à Saint-Jacques d’y retrouver des amis perdus de vue depuis plusieurs jours ou semaines, voire d’anciens copains de l’an dernier ! C’est l’occasion de faire du shopping touriste . A l’arrêt de bus pour l’aéroport à la place de Galice, les pèlerins s’embrassent une dernière fois avant le grand saut et un retour vers la réalité. Ils se jurent de partager encore ces moments uniques sur une autre voie. Ca rigole , ça pleure , l’ émotion est bien réelle.

Fisterra : Une fin de parcours de 80 km un peu apocalyptique

DSCN1816 Saint-Jacques de Compostelle accueille chaque année plus de 220.000 pèlerins venus du monde entier. On y passe un jour ou deux pour récupérer, faire un peu de shopping souvenir. C’est ici que l’on se quitte ou l’on prolonge le voyage jusqu’au cap Finisterre.

Quant à Sabrina et moi, nous profitons de quelques rayons de soleil pour chiner, profiter d’une jolie pension au cœur de la ville avant de finir le parcours vers le Cap Finisterre avec une météo peu encourageante . La Galice tient ses promesses, nous marchons durant quatre jours dans un crachin 100% breton dans les bourrasques de vent. D’autres courageux pèlerins nous accompagnent vers Fisterra . je recolle deux pansements chauffant sur le tibia gauche endolori par 600 km d’asphalte et de pavés, faut tenir jusqu’au bout. A mi-parcours, dans notre albergue, c ‘est la Bérézina. Tout est trempé, les fringues envahissent le décor pour tenter de sécher. Traverser la cours jusqu’à l’unique restaurant relève de l’exploit (ou symbole d’une grande témérité) tant la pluie est violente. Dans le dortoir, on sort les couvertures, le chauffage à fond ! Certains marcheurs nous ont laissé partir pour attendre l’embellie. Doux rêveurs. Chacun repart le lendemain encore très humide, la pluie n’a pas cessé . Fisterra ne connaît pas l’affluence des beaux jours. Nous laissons nos sacs dans une albergue pour rejoindre le cap mythique. La pointe est balayée par le vent, on descend les rochers pour un ultime selfie de vainqueurs, un dernier baisé , enlacés, crevés , heureux d’avoir marché sur 730 km sans trop de bobos et d’avoir atteint notre but.

Et pour conclure…

DSCN1650Comparativement au long Camino de Francès , ce camino portugais est peut peut-être plus physiquement éprouvant car les jambes encaissent plus d’asphalte et de chemins pavés. Longer les routes nationales peut s’avérer même dangereux . Donc prudence . Sur la partie Lisbonne-Porto , on y découvre un Portugal authentique, souvent rural, avec un contact chaleureux avec une population tellement accueillante. Les prix pour se nourrir et se loger sont extrêmement bas et il n’est même plus utile de faire ses courses pour les repas. Une expérience chez les Bombeiros reste incontournable. En avril nous avons croiser très peu de pèlerins pour Santiago. Mais sachez que le pèlerinage vers Fatima engorge souvent ce double-chemin en été . A Partir de Porto, chacun peut composer son camino avec trois parcours possibles et des villes de liaison. Le passage sur le littoral, même court, apporte une variété supplémentaire à ce chemin. Dès la frontière portugaise franchie, en rentrant à Tuy, les prix flambent mais le parcours gagne en beauté , en nature. Enfin, sur les derniers 100 km, on retrouve le modèle Camino espagnol , avec sa profusion de commerces, d’hébergements, son fléchage impeccable et un nombre beaucoup plus important de pèlerins, authentiques ou touristes aux « Cinq tampons » !

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