Camino del Norte vers Compostelle, plus exigeant, plus authentique – Récit complet

Parmi tous les chemins qui traversent la péninsule ibérique vers Saint-Jacques de Compostelle, le Camino del Norte se démarque par sa tranquillité et sa relative difficulté. Après mes expériences sur le Camino de Francès et le Portugais, J’en garde surtout le souvenir d’un parcours splendide empreint d’une heureuse solitude.

Un camino sauvage entre montagne, campagne et océan.

Aussi appelé le Camino de la Costa, ce chemin qui suit en effet la côte nord de l’Espagne n’est pas le plus fréquenté par les pèlerins en marche vers Compostelle. Seulement 6 et 8 % d’entre eux l’empruntent depuis Irun à la frontière espagnole pour rejoindre la capitale de la Galice au Nord Ouest du pays. Après mes voyages en 2014 et 2015 sur les chemins Francès et Portugais, parcourus toujours d’une seule traite, un divorce, des épreuves sentimentales et familiales, me poussaient à repartir vers Compostelle, une longue marche qui se posait comme une thérapie évidente tant la rupture avec la quotidien m’est bénéfique. Lequel choisir ? Les chemins espagnols ne demandent aucune réservation des hébergements et le budget global de 20 à 30€ par jour me convenait d’avantage que les parcours en France pourtant magnifiques. Depuis longtemps je lorgnais avec intérêt, curiosité et une pointe d’angoisse le profil du Camino del Norte. Je relus quelques passages du controversé bouquin de Ruffin « Immortelle Randonnée ». J’effectuais des recherches sur les forums et demandais enfin l’avis de mes amis pèlerins. Résultat, si le Camino del Norte n’est pas l’Everest , ses 15.000 m de dénivelée positive, son isolement, les trop longues portions bitumées, le nombre réduit de ses hébergements avaient de quoi me faire réfléchir et douter. Cela dit, sur le papier ce parcours me séduisait irrésistiblement avec ses 815 km alternant des passages un peu montagneux, le chemin côtier et ses petits ports , des sentiers en pleine campagne et la traversée de villes passionnantes comme Bilbao, Santander ou Gijon. J’allais être comblé.

Franchir le fossé entre l’envie le doute

Prendre le bateau pour traverser les baies

D’une forme physique médiocre, des douleurs dorsales persistantes, des élections présidentielles imminentes, la culpabilisation de laisser seule ma vieille maman, bref je trouvais une foule de prétextes pour repousser deux fois la date de mon billet de train. « Basta, me suis-je dis. Ça sera pour le 15 mai ou ça ne sera pas !  ». L’idée de renoncer et rentrer au bout d’une semaine, un peu cassé moralement n’était cependant pas exclue. Alors trop vieux Kirsch , trop long le chemin, top dur le profil ?! Je doutais. Histoire de me rassurer je pensais alors à mon ami Daniel, 75 ans, toujours en marche sur les chemins. Puis je revoyais aussi Edward, mon copain de rando de Sport et Nature. Je l’avais revu avant de partir, là, cloué sur lit d’hôpital par la maladie. J’ignorais alors que je ne le reverrais pas vivant. Il faut parfois mesurer sa chance et arrêter de trop se regarder le nombril vautré sur son canapé. Quitte à avoir mal partout, autant que ce soit en marchant ! Rassuré par un scanner vertébral satisfaisant et dotée de la trousse à pharmacie du parfait hypocondriaque, je devais tailler la route.

D’autant que j’étais prêt depuis un moment ! Mon fidèle sac à dos Osprey m’attendait sagement dans ma chambre depuis un mois. Je le refaisais une à deux fois par semaine afin de trouver un poids optimum de 9 kg. Je recomposais à maintes reprises les trois pochettes de congélation qui constituent le trousseau du pèlerin ordinaire: une avec les affaires de nuit (T-shirt, caleçon, boules Quiès, écouteurs, lampe frontale,..), une autre de linge propre et enfin une avec kit de toilette (un savon de Marseille, des épingles à linge et la serviette).

Prêt pour un nouveau camino cette fois en solo (ma girl-friend marcheuse berlinoise voguant et roucoulant vers d’autres horizons). L’idée de cheminer seul ne m’a jamais effrayé. Bien au contraire, j’apprécie plutôt cette liberté totale et puis les chemins de Compostelle sont l’occasion de rencontrer beaucoup d’autres marcheurs venus du monde entier. J’allais vite découvrir que le Camino del Norte s’avère une exception.

L’albergue de pèlerin, un mélange savoureux de convivialité et promiscuité !

Lundi 15 mai. Train de banlieue, métro et gare Montparnasse, un pèlerin parigot ressemble à n’importe quel touriste à Paris ou vacancier en partance pour la montagne. Au bout de 6h de TGV, je débarquais à Irun pour rejoindre l’albergue municipale. La petite ville espagnole sortait de la siesta, les locataires d’un soir s’affairaient à leurs occupations : manger, se reposer, laver, soigner les bobos. Durant ces heures, j ‘avais eu le temps de parcourir virtuellement les 34 étapes élaborées dans le guide de poche Rother. Dès le lendemain matin, j’attaquerais la première plutôt motivé. Pour 8 euros la nuit l’hospitalero m’affecta un lit dans le dortoir. Je retrouvais l’ambiance un rien minimaliste des établissements bon marché du bas de l’échelle hôtelière espagnole. Il suffit juste d’imaginer deux étages d’appartements avec des dortoirs dans la chambre des gosses et des parents. L’incontournable micro-ondes, des accessoires de cuisine disparates, un serveur wifi au rayon d’action limité, une salle de douche refaite à l’économie. Et puis les prises multiples destinées à la charge des portables et tablettes du nouveau pèlerin connecté. J’y reviendrais. Des duvets sur les lits, du linge qui sèche sur les montants métalliques, des odeurs confuses de savon, de pommades, de bouffe, des discussions entre novices et vieux routards sous les néons de la salle commune. Une albergue quoi !

Pays basque, Cantabrie, Asturies, Galice, 815 km en 31 jours

le matin, instants magiques pour le randonneur aux Asturies

Je ne vous raconterai pas ici le programme trop fastidieux de chaque étape. (voir le calendrier en fin d’article). Aucun camino ne se ressemble dans cette aventure individuelle où tout peut arriver. A vous d’écrire la votre. La météo y joue un rôle déterminant. Le hasard, la chance et les diverses « fortunes » personnelles lui donnent une saveur unique. Seul le parcours reste globalement le même pour tous. La Camino del Norte traverse d’abord le pays basque jusqu’à Bilbao. Et ces trois premiers jours sont la première épreuve. Mieux avoir une bonne condition physique ou l’acquérir avec au début des étapes plus courtes. Plus facile à dire qu’à réaliser sur le terrain. Ce chemin en plein développement ne présente pas encore – et tant mieux – la profusion d’albergues du Francès. Cette portion difficile est vraiment magnifique et donne le ton de ce chemin de Compostelle : la solitude tranquille. Le camino façonne ainsi le mental et redonne un peu de sens aux mots autonomie et motivation. Cet isolement fait apprécier encore plus les rencontres et les soirées aux gîtes, même si on y croise en effet peu de pèlerins sur ces longs sentiers rocailleux qui serpentent dans les collines boisées. Alors vaut mieux se traiter le moral façon inox. Dès le second jour, à peine chaud, j’ai été pris dans une violente tempête. Une pluie abondante transforma ces chemins en ruisseaux et le vent freinait ma progression sur les routes à découvert. Joli baptême du feu. Pas un bistrot ouvert, seules les églises et les abris bus m’offrirent alors des refuges pour souffler et manger un morceau. Bienvenue au Pays Basque à la météo capricieuse ! Sur certains guides on peut même lire le conseil aux moins expérimentés, celui de partir de Bilbao. La Cantabrie sera la seconde région à parcourir sur 200 km. Le relief s’assagit, on longe désormais souvent l’océan et il est bon de prendre un verre en terrasse dans un petit port. Toutefois le tracé du camino vous entraîne insidieusement aussi vers de « belles plages ». Une jolie route descendant vous mène joyeux vers la grève, une balade qui se paie cash au retour par des grimpettes exténuantes ! Trois, quatre plages dans la journée et la dénivelée cumulée s’avère copieuse. L’arrivée dans les Asturies marque la fin des longs jours sur des portions goudronnées très traumatisantes pour les gambettes, notamment lorsque le soleil chauffe le bitume. C’est avec bonheur que l’on retrouve les sentiers abrités. Toutefois j’ai aimé la traversée des villes contrairement à certains pèlerins qui ont pris par exemple le tramway pour sortir de Bilbao et atteindre Portugalete en évitant les zones industrielles. Quel dommage, car elles sont les témoins de l’histoire industrielle de ce pays. Ce décor composé d’acier rongé par les ans et de bâtiments en décrépitude ne manque pas de charme et mérite que l’on s’y perde sur quelques kilomètres avant de replonger dans la nature avec un plaisir décuplé. C’est le sens même du camino à mon avis. Hasard, Bilbao fut l’occasion de nombreuses retrouvailles dans l’albergue principale de la ville. Des Français, une américaine, deux autrichiens, un allemand, un italien .. Mieux vaut parler anglais vers Compostelle . La soirée se prolongea tard. Tapas, bières, glaces , le groupe cosmopolite savoura la profusion de bars débordant d’une jeunesse espagnole sonore dans un climat presque estival.

L’entrée en Galice, l’heure du bilan de santé

punaise !
dur le bitume !
opération courante.
Beau et raid à la fois !

Les Asturies et son profil verdoyant et bossu enchante le marcheur pourtant déjà un rien usé par 600 km, sans qu’il le sache vraiment. Les deux premières étapes marquant l’arrivée en Galice vont lui donner un bilan de santé gratos. Car le Camino del Norte, véritable marathon, peut s’avérer sournois pour le pèlerin présomptueux ou malchanceux . Deux jours de vraie grimpette, longue, raide qui martyrisent à nouveau le corps endormi par des étapes faciles. Ce parcours plutôt bien balisé propose parfois des variantes parfaitement fléchées elles aussi, avec jolie bornes et coquilles bleues . Des itinéraires souvent plus longs qui se révéleront pour certains de véritables pièges. De 25 km au programme de la journée, ils passent à 35 pour rejoindre leur étape de destination du soir. Cet effort brutal s’avère parfois fatal pour les muscles notamment au niveau des tibias fatigués par des kilomètres sur l’asphalte. Je connaissais cette douleur, elle ne m’a pas lâché en 2015 sur un camino portugais trop pavé, trop raide. J’ai marché ainsi jusqu’à Fisterra avec des patches chauffant ! Alors c’est l’arrêt au stand pour un, deux trois jours. Qu’importe la vitesse de marche, l’essentiel reste de retrouver la force mentale et physique pour repartir en clopinant et finir le chemin. Massages, glace, pommades diverses, strapings, anti-inflammatoires, on échange les remèdes, on s’entraide à l’étape. Mais au final chacun se retrouve seul pour prendre la bonne décision. L’entrée en Galice fut tout aussi douloureuse pour trois autres compagnons de voyage. Johan , dit « Bambou Man » (un allemand jovial qui marchait avec un bâton de trois mètres) semblait indestructible. Il enchaînait des étapes de 30-35 km avec une aisance déconcertante. Jusqu’en Galice, aie ! Contraint lui aussi de s’arrêter. On s’est embrassé pour se dire adieu, puis j’ ai poursuivi mon chemin. Quelques jours plus tard, je retrouvais une première fois à une terrasse d’un bar , le pied gauche enveloppé dans une bande Velpo d’une autre époque. Arrêt technique à durée indéterminée pour lui aussi suite à des étapes de 40 km ! Hasard du chemin, il était à Muxia 80 km après Compostelle, toujours aussi Zen, fumant sa clope sur le trottoir. Comment avait-il fait pour arriver avant moi ? Il avait certainement pris son temps, soigner sa blessure et remis le turbo de ses vingt piges. Je ne le saurais jamais.

au bout de l’étape, l’ albergue
Diner de famille. bbq ce soir là.
la Queimala, le digestif qui tue !

Autre énigme avec ce couple de limaces coréennes que j’ ai doublé dix fois mais le plus souvent en avance sur moi à l’ étape . Aurait-il pris le taxi par hasard ? hum..A chacun son chemin après tout. J’ai bien sauté dans un train une fois faute d’hébergement intermédiaire et pour raccourcir une étape terrible de 35 km en montée. Nulle culpabilité, j’ ai eu raison de me ménager ce jour-là comme le prouvent les exemples précédents .

Personne n’est à l’abri d’un pépin de santé, moi non plus. Après une nuit agitée, je me réveillais à l’aube avec d’énormes cloques dues à des piqûres de moustiques , pire de punaises de lit probablement. (une calamité sur tous les chemins de Compostelle) . Je pris mon mal et mes démangeaisons en patience et me décidais un soir à consulter. La petite mamie, patronne de l’albergue, eut pitié de moi. C’était un dimanche, elle me conduisit en voiture chez un médecin de garde puis dans une pharmacie. Je mettais duvet et fringues au sèche-linge. Avec un peu/beaucoup de chance, les larves ne résistent pas à la forte chaleur. Le problème n’étant pas totalement résolu, quelques jours plus tard, je passais aux antihistaminiques et bombardait au quotidien le sac à dos d’un produit insecticide costaud. Néanmoins une désinfection totale s’avéra nécessaire au retour par sécurité. Ma technique : tout l’équipement plongé dans un ou deux sacs-poubelles de 100 litres avec une bombe insecticide durant 48 heures. Radical.

la solitude heureuse du pèlerin

Arrivés à Oviedo, tous les marcheurs du Norte se posent la même question, un gentil cas de conscience : suivre la côte ou prendre le Primitivo ? Ce premier chemin emprunté au XIIe siècle n’est pas plus long mais passe par la montagne. Il est magnifique mais difficile et la météo ne s’annonçant des plus favorables, j’ai renoncé en choisissant la raison pour finir mon voyage vers Compostelle sans blessure. D’ailleurs, le Primitivo fait souvent partie d’un autre pèlerinage.

Ce fut toujours un bonheur de retrouver la Galice, ses petits villages, ses troupeaux, ses parfums de « ruralité » mêlés à ceux des fleurs du chemin. Comme j’aime marcher seul le matin quelques kilomètres avec les premiers rayons du soleil, prendre mon temps et reprendre un café « américano » accompagné d’une madeleine fondante ! Pas grand chose mais qui procure un bonheur inouï.

 

 

Fin du voyage , l’arrivée des pèlerins-crétins et des touristes

Christian et Pimpon.. clochard ou pélerin ?? Mystère .

Ce bonheur n’est que de courte durée lorsqu’on arrive à Arzua. C’est ici que se rejoignent le Norte, le Primitivo et le Francès, et à ce à deux jours de marche de Compostelle. Changement total d’atmosphère. Arzua est une frontière entre deux mondes, celui des touristes et celui des vrais pèlerins, ceux qui en ch…durant des semaines. Le prix du café décolle comme celui des albergues flambant neuves ou refaites. Changement de standing du au changement de clientèle. Arzua, ses premières boutiques de souvenirs et de panoplies . C’est ici que s’équipent ces marcheurs espagnols à la petite semaine pour décrocher la Compostella après 5 étapes et inscrire le diplôme du camino à leur CV, un point devenu important dans le recrutement. On croit rêver. Allez, ils sont pourtant sympa ces groupes de pèlerins avec le même T-shirt , leur sac léger, des marcheurs intérimaires qui dorment le soir venu dans de beaux hôtels ou s’encanaillent dans les dortoirs. Ils en bavent les pauvres durant une semaine faute d’entraînement ! La proximité de Compostelle se remarque aussi par la trace laissée par les pèlerins-crétins. Panneaux tagués, profusion d’autocollants, ils n’hésitent pas à arracher le marquage kilométrique des bornes jacquaires. Connerie sans borne ou le tourisme de masse modifie le décor et altère forcément l’esprit du camino d’année en année .Rappelons que près de 256.000 personnes atteignent Compostelle par an en moyenne. Cette multiplication de pèlerins de toute nature conduit à des aberrations. La région a ainsi construit au Mont Gozot, à 7 km de là,ville, un monument en hommage à la venue de Jean-Paul II et surtout une albergue de 500 places d’une laideur sans nom. Il s’agit en fait d’un véritable camp composé de bâtiments de plein pied sans âme, un ensemble totalement vide ou errent quelques pèlerins soucieux d’arriver de bonne heure à St Jacques le lendemain. Je vous conseillerais plutôt une halte à Lavacolla, à 14 km certes mais tellement plus chaleureuse.

Pour la première fois, et sur le conseil de copains arrivés avant moi, j’ai du réserver un hébergement tant la ville était prise d’assaut en ce mois de mai 2017. La messe de midi dédiée aux pèlerins attira ce jour-là des centaines de personnes, de quoi saturer la cathédrale. Je m’installais pour une nuit à l’albergue Mundo non loin du centre. (Le tarif passe ici à 17 euros !). Après un passage au bureau des Pèlerins pour retirer ma Compostella, le diplôme, je zonais un peu la journée dans cette cité rendue suffocante par la chaleur et la foule. J’y croisais quelques compagnons eux aussi heureux. Embrassades, photos, adieux. La tradition est d’aller alors à Fisterra se purifier et brûler ses fringues, soit une marche de 3 à 4 jours, pour atteindre l’océan. J’abandonnais cette direction et préférais me rendre à Muxia, l’autre petite ville en bord de mer située à 80 km. Le thermomètre ne cessait de grimper. On annonçait près de 36°c , alors je décidais de m’accorder 4 jours au lieu de trois. Vu le climat, il était prudent de marcher dès 6 :30 du matin, de limiter la journée à 20 km et stopper avant que le soleil me grille. Belle balade, plaisir de se retrouver dans les forêts de pins et d’eucalyptus. Et plus encore de reprendre ma marche solitaire. Ces derniers kilomètres m’appartenaient et je voulais les vivre pleinement comme un ultime cadeau. Alors quand un italien se joignit à moi pour bavarder à la sortie de Negreira tout en pianotant des sms, ce fut trop. Je l’abandonnais à son smartphone en lui demandant de ne pas m’en vouloir.

4 jours de marche pour rejoindre Muxia, un port tranquille à 80 km de Compostelle

Cette prolongation n’a rien d’indispensable. Cependant beaucoup d’entre nous éprouvent le même sentiment confus et passager en fin de voyage à Compostelle : satisfaction de revoir les proches, fierté et plaisir d’avoir réussi mais aussi un peu de tristesse ou d’inquiétude de retrouver son quotidien banal en ville, un job, son confort désuet, d’abandonner une vie de nomade dépouillée de tout superflu.

J’ai laissé sur le Camino del Norte quelques kilos, des copains en chemin et fais un peu de ménage dans mes idées. Et non, cette marche de 900 km réalisée à 98% en solitaire ne fut pas un parcours mystique ou spirituel, ni une performance ni un exploit . Les rencontres rares n’ont pas été si exceptionnelles comme le répètent les forums mais toujours sincères et spontanées. Partager ses expériences devant une bière, soigner les ampoules des autres, cuisiner ensemble une plâtrée de pâtes, j’ai aimé avant ce retour à l’essentiel, aux relations authentiques sans frime, cet abandon momentané de tout effort de séduction. J’ai aimé marcher au milieu de nulle part en repoussant parfois mes limites, en m’émerveillant chaque matin d’être en forme, heureux de recevoir en cadeau cette nature généreuse entre le ciel, les collines et l’océan. Un décor sans cesse renouvelé durant 35 jours. 900 km de douleurs, de bonheur . Magique !

Richard Kirsch  

Téléchargez le récit complet en PDF  en cliquant ICI

…A Edward.

Le camino et ses beginners

Anita et Zanda , les Google girls lettones, la nouvelle génération de pèlerins hyper connectée.

Le camino del Norte est exigeant, peut être plus que les autres parcours ibériques. Etapes longues, dénivelée importante, isolement, rien d’étonnant d’y croiser des pèlerins multirécidivistes affûtés par trois ou quatre chemins. Je rencontrais une jeune lithuanienne peu avant Bilbao. Cette fille de 19 ans portait un sac de 23 kg, avec matériel de camping et réserve de nourriture ! Un camino de forçat à l’économie. Elle cuisina des pois chiche le midi, je n’en crus pas mes yeux. Après une journée sous la pluie, ses pieds avaient explosé sous les ampoules sanguinolentes. Epuisée par la douleur, elle stoppa comme nous tous le soir dans un monastère. Des pèlerins espagnols pourtant expérimentés frémirent à la vue de ses blessures. Ils la soignèrent, la persuadèrent de s’arrêter, de s’alléger. Ils me demandèrent de lui donner si possible des chaussettes de rando dignes de ce nom. Je lui offris une de mes trois paires et une allemande dévouée décida de rester avec elle pour l’aider à vaincre sa déprime durant plusieurs jours. Je ne les ai pas revues.

Aiceti, lithuanie, 19 ans, un sac de 23 kg . Janette et Bambou Man

J’en reviens à mes Lettonnes. Zanda, 30 ans, Anita, 32 ans n’y connaissaient rien en randonnée. Elles avaient lu dans un magazine qu’il existait des chemins de pèlerinage menant à Compostelle. Alors le Norte pourquoi pas , il y a la mer en plus . Alors elles ont bouclé leur sac à la hâte et ont pris un avion jusqu’à San Sebastian, booké un AirBnb pour la première nuit. Elles sont parti ainsi sans guide et sans informations , juste un ipad et leur smartphone. Les filles ignoraient même qu’il fallait suivre les flèches jaunes et les coquilles ! Durant des jours, elles se sont fiées à Google Map pour ralier les villes sans jamais savoir si elles étaient ou non sur le camino !! J’ai ainsi marché quelques jours avec les Google Girls en ignorant .. leur ignorance. Elles me faisaient marrer jusqu’au jour où elles voulurent quitter une ville, Ipad en main sous la pluie, dans une direction aberrante. Etre ou non sur le camino était en fait leur moindre soucis. Je les ai plantées dans la rue pour retrouver le vrai chemin sur Iphigénie , mon App de rando utilisable aussi en Espagne (voir le détail) . Endurantes et démerde, elles se sont perdues sur les nationales, des bretelles d’autoroutes mais sont arrivé à bon port par je ne sais quel trajet. Puis elles ont téléchargé l’App « Buen Camino » (4 ,90€) , histoire de connaître au moins les hébergements, tout en improvisant. Les filles marchaient la tête dans le guidon, écouteurs rivés aux tympans «  pour mieux grimper les côtes » disaient-elles. Chaque bistrot était l’occasion de chercher le wifi pour poster un selfy sur Facebook ou envoyer en temps réel des news au boyfriend resté en Lettonie ou au Texas ! Alors un soir avec Bambou Man, on a essayé de leur expliquer qu’il fallait mieux écouter la nature, ses messages, ses vibrations. En vain. J’ai soigné leurs bobos, partagé mon baume du tigre et puis lassé par la génération Y, je les ai laissées vivre leur camino, connecté !

De plus en plus de pèlerins abandonnent les guides papiers pour ne se fier qu’à des App sur tablettes ou Smartphones. Au moindre doute ils utilisent le GPS le plus souvent eux aussi sur Google Map, Avec un peu de chance un GR trouvé correspond parfois au Camino . ouf ! De nombreuses App répertorient les hébergements, calculent les étapes..etc.. Ces logiciels sont souvent incomplets ou pas mis à jour . Alors c’est la mauvaise surprise et on en revient à demander son chemin aux habitants, à l’ancienne !

L’App Iphigénie (IGN) pour me rassurer et improviser

Les chemins de Compostelle sont en général très bien balisés mais il arrive parfois que l’on rate une marque ou que l’on se trompe dans une des variantes proposées. Combien de fois me suis-je égaré à la sortie des villes  ou de village ?! Alors, parfois j’ ai fait appel au Gps pour éviter de marcher des kilomètres inutiles. L’App Iphigénie inclut les cartes topographiques de plusieurs pays européens dont l’Espagne, un service compris dans l’abonnement annuel de 15€ environ. Il suffit de charger en wifi les fonds de carte au 1 :25.000e avant le départ ou en cours de route, ainsi que la trace GPS en fichier .Gpx de l’ensemble du Camino. Il en existe de nombreuses sur le Net. J’ai utilisé celle offerte par Rother avec son guide . En cas de doute sérieux, j’ouvrais l’App, j’affichais la trace et vérifiais si j’étais bien sur le chemin. Toutefois, cette App m’ a aussi permis d’improviser des variantes personnelles et découvrir des petits villages , des panoramas non mentionnés sur mon guide avant de reprendre le tracé officiel.

 

 

 

 

 

 

 

 

Mes 35 étapes – Irun –Santiago -Muxia

Irun San Sébastian 25 km
San Sébastian Getaria 25 km
Gétaria IZarbide ) Deba 25 km
Izarbide Zenaruzza 28 km
Zenaruzza Gernika 18 km
Gernika Bilbao 23 km
Bilbao Podena 25 km
Podena Nocina 26 km
Nocina Noja 27 km
Noja Santander 30 km
Santander Requejada 26 km
Requejada Comillas 32 km
Comillas Combares 29 km
Combares Podollane 28 km
Podollane San Esteban 32 km
San Esteban Prescia 28 km
Prescia Villaciosa-Gijon 13km+ bus
Gijon Avilès 26 km
Avilès Muros 23 km
Muros Ballota 30 km
Ballota Luarca 26 km
Luarca A Carida 30 km
A Carida Ribadeo 24 km
Ribadeo Laurenza 27 km
Laurenza Gontan 30 km
Gontan Vilbalda 21 km
Vilbalda A Lagoa 18 km
A Lagoa Sobrado de Mx 26 km
Sobrado de Mx Arzua 22 km
Arzua Lavacolla 28 km
Lavacolla Santiago 15 km
Santiago Negreira 22 km
Négreira Santa Marin 23 km
Santa Marin Dumbria 23 km
Dumbria Muxia 22 km

 

18 réflexions sur « Camino del Norte vers Compostelle, plus exigeant, plus authentique – Récit complet »

  1. Richard,

    Quel plaisir à chaque fois d’abandonner mes lectures très ciblées sur un sujet très différent, pour plonger dans ce monde que je ne connais pas. Et que je ne connaitrais jamais faute du physique et du mental nécessaire! Merci !
    Je découvre, c’est plaisant, bien écrit, amusant, rafraichissant (les parties pluvieuses sûrement), simple (et il ne faut voir dans ce mot que du positif).
    A quand le prochain ? Je commence à m’habituer !

    Amicalement
    Fred

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    1. Hello Fred !
      Merci pour ton message sympa . Et oui , encore une longue balade ..Prochaine , peut être en avril prochain entre Le Puy en Velay et St Jean Pied de Port, une vraie merveille parait il . J’ai raté l’América Cup.. grrr . Du grand spectacle sur foils . Bravos les Kiwis ? Un peu déçu pour les frenchies. Encore du boulot .. (et du budget )
      Amitié
      Richard

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  2. Mille bravos Richard
    Ton ressenti dur ce chemin nous touche Chantal et moi
    Que cette expérience t’apporte le bien qui t’est nécessaire
    Pruc yiu m’envoyer ton m
    Journal par mail
    Un . grand coup de chapeau

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  3. Bonjour Richard,
    Je souhaite marcher en mai 2018 sur le Camino de la costa entre Porto et Santiago mais je n’ai pas trouvé de lien sur votre blog…
    Pouvez-vous m’aider ?
    Cordialement.
    Jean

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    1. Salut Jean ,
      Tu trouveras pas mal d’infos sur ce chemin par le lien direct : https://wp.me/p6NqC2-1n
      amicalement
      Richard

      ps : ce chemin est intéressant si tu disposes d’une dizaine de jours . 3 chemins partent de Porto : un le long de la côte, un central et un plus dans les terres. Il y a moyen d’aller de l’un à l’autre, mais pas simple . En fin de en Espagne existe une variante à vocation plus spirituelle.

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  4. Merci Richard pour ce récit détaillé, je projette de faire St Jacques l’an prochain et cette partie par la cote m’interpelle, je pensais sans trop avoir approfondi, prendre le camino francès mais à présent je vais réfléchir, que penses tu des autres voies, peut être ne les as tu pas faites ?
    Jeannot

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  5. « Comme j’aime marcher seul le matin quelques kilomètres avec les premiers rayons du soleil, prendre mon temps et reprendre un café « américano » accompagné d’une madeleine fondante !  » J’aime ! Moi j’appelle cela « le deuxième petit déj », un point non négociable de nos quelques randonnées « longue durée » (je souris et mets des guillemets en écrivant cela, car notre maximum à ce jour c’est… 5 jours, sur le Karhunkierros en Laponie). Ce sont ces petits bonheurs et ce retour à l’essentiel qui me font aimer la marche…
    Merci pour ce superbe récit, tu me donnes envie !! J’espère pouvoir partir à l’horizon 2019, affaire à suivre…

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  6. Merci pour ce récit je cheminerai sur le Norte dès ce 4juin je ne me fixe pas d’objectif bien sûr que j’aimerais arriver aCompostelle pour ensuite rejoindre Muxia mais j’irai jusqu’où mon corps me ple permettra j’ai déjà fais le Frances depuis Genève Colette

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  7. Bonjour,
    Merci de partager votre expérience ! Je pars sur leCamino del Norte dans 15 jours (je ferai la voie littorale auparavant, je pars du bassin d’Arcachon)
    Pouvez-vous m’aider sur un point : Bilbao
    Je ferai le chemin avec mon chien et un chariot , avez vous pris la cabine suspendue à PuenteColgante? Les chiens sont ils autorisés ?? Merci d’acance De votre réponse !! Sylvie

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    1. bonjour Sylvie
      le chariot et le chien .. très casse-gueule pour la traversée du pays basque et en rentrant dans les Asturies (caillasses et terrains glissant) . Un copain belge en a un peu bavé . Je suis tombé deux fois ..avec les bâtons . Il y a moins d’albergues que sur le Frances .. faut voir pour l’accueil du chien. Bonne route . Richard
      .

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