Rando periurbaine 93 : imMersion dans un siècle D’architecture dE logement social

Pour sa 50e randonnée périurbaine, le Voyage Métropolitain avait choisi d’emmener près de 70 marcheurs en Seine-Saint-Denis. Ce département d’Ile-de-France reste mal aimé, sous-financé, souvent ignoré des programmes de visites en dépit des efforts des élus locaux. Il recèle pourtant, au cœur de ses cités, de ses zones pavillonnaires, entre ses échangeurs, des trésors insoupçonnés, et notamment des concepts architecturaux d’une rare audace qui illustrent la richesse de l’urbanisme développé au cours du XXe siècle. Cette nouvelle randonnée périurbaine longue d’une vingtaine de kilomètres allait nous immerger cette fois dans l’histoire même du logement social francilien, un programme élaboré par l’Etat en réponse aux poussées démographiques de la région. (A lire sur Tourisme93)

Une randonnée périurbaine de 22 km en Seine-Saint-Denis depuis la gare de Blanc-Mesnil.

Après avoir quitté la gare du Blanc-Mesnil nous rejoignons la Cité Pierre-Sémart, une architecture révolutionnaire des années 1980 qui symbolise la volonté de sortir des schémas de l’époque dominés par la construction des grandes barres. Une locataire présente dans les lieux depuis quinze ans nous propose de faire le tour de cette réalisation due à Iwona Buckowska, architecte d’origine polonaise. « L’idée était d’offrir à chacun une maison individuelle tout en favorisant la convivialité et offrant un environnement naturel », explique notre guide. En effet, aucun des 225 logements ne se ressemble dans ce village dominé par le bois et des espaces de verdure. L’architecte a souhaité aussi combiner les volumes intérieurs sur plusieurs niveaux alors que la lumière entre par de nombreuses petites ouvertures. Séduits par les espaces à géométrie variable et le calme de cet univers qui évoque la montagne, quelques artistes y ont installé leur atelier.

Après avoir longé la gare de triage, les marcheurs s’engagent sur la passerelle qui enjambe le réseau. Les tquatre tronçons arrimés de cet ouvrage en ciment armé d’un autre temps semblent planer au-dessus des voies. De l’autre côté, nous sommes à Drancy, une étape qui va nous replonger dans le passé tragique de la Cité de la Muette.

Le Mémorial de la Shoah de Drancy . La Cité de la Muette, ensemble de logements sociaux inachevé fut successivement utilisé par les Allemands comme comme camp de prisonniers de soldats anglais et Français. Il deviendra l’anti-chambre de la morts entre 1941 et 1944 pour 63.000 juifs, Rom, homosexuels et autres détenus politiques.

Au premier abord, en arrivant par le côté est, cette longue barre de quatre étages en forme de U.

En 1931 les architectes Eugène Beaudouin et Marcel Lods conçoivent cet ensemble entouré par cinq tours de quatorze étages ; en somme les premiers gratte-ciel parisiens – qui furent progressivement rasés par la suite. Mais en pénétrant dans l’immense espace vert, on aperçoit à l’arrière-plan, derrière une haie, un wagon et un monument. Nous sommes sur les lieux mêmes du camp de concentration de Drancy, et la sculpture de granit rose rend hommage aux 63.000 juifs qui furent déportés et exterminés par les nazis à Auschwitz entre le 20 août 1941 et août 1944. Une guide, une jeune femme qui travaille au Mémorial de la Shoah construit en face du camp, expliquera au groupe en détail l’histoire tumultueuse de cette construction marquée par la tragédie de la dernière guerre, qui rappelons-le fut à l’origine construite dans le cadre d’un programme de logements sociaux. 

C’est le pas et le cœur lourds que nous quittons la Cité de la Muette pour traverser Drancy et découvrir une autre facette du logement social local : sa cité-jardin

Il en existe plusieurs en Ile-de-France, vous trouverez une large documentation sur le site de l’association https://www.citesjardins-idf.fr/. C’est l’architecte britannique Ebenezer Howard qui théorisa le premier ce concept largement décrit dans un livre : To-Morrow: a Peaceful Path to Real Reform. Les logements sociaux construits entre 1921 et 1929 avaient pour ambition de s’opposer à la ville industrielle, trop stressante, et à la campagne trop éloignée de la ville ! Ces programmes de logements individuels initiés par le HBM (les Habitations à Bon Marché) pour décongestionner Paris, comprenaient cet aménagement paysager si particulier mais aussi une école, une crèche et des commerces. Cependant, pour Howard, la cité-jardin n’était pas un simple lotissement géant jouissant de certaines facilités, mais plutôt une véritable ville à dimension humaine dont la taille critique, par exemple, ne devait dépasser les 30 000 habitants. Au-delà, la construction d’une seconde cité s’imposait.

Ebenezer Howard fut le premier à théoriser le concept de Cité-Jardins
Drancy rend souvent hommage dans ses rues aux personnages qui ont marqué l’histoire comme ici Simon Weill .

Notre groupe se dirigea ensuite vers l’ouest, s’étirant au gré de la curiosité des uns et des autres, s’attardant ici et là. S’il lui arrivait de se disloquer, il se recomposait sans problèmes. Nous sommes arrivés ainsi, presque au complet, à Pantin, aux Courtillères, une cité que l’on doit à Emile Aillaud, une figure importante et marginale de l’architecture de l’après-guerre en France. Importante par l’ampleur de son œuvre qui s’étend des décors éphémères aux grands ensembles, en passant par l’architecture industrielle. Marginale, car Aillaud s’est écarté largement de l’urbanisme rationnel dominant. Il n’a eu de cesse de proposer une vision poétique fondée sur la courbe et la couleur. 

Les Courtillères, l’architecture ondulée signée Emille Aillaud

Puis nous rejoignons La Courneuve sous une pluie battante, en passant par le carrefour des 4 Routes. Je suis ici en terrain connu pour y avoir habité adolescent une dizaine d’années. Séquence ‘nostalgie’, notre itinéraire passe à proximité de l’immeuble où la famille logeait, proche de mon collège ! Les jardins ouvriers de la rue de l’Abreuvoir sont dévorés aujourd’hui par la construction d’un ouvrage du Grand Paris Express. Nous faisons une halte à la Cité Râteau, construite en 1984 par l’architecte Jean Renaudie dans la continuité du travail de son épouse, Renée Gailhoustet, réalisé à La Maladrerie, à Aubervilliers. C’est l’univers du béton brut, des décrochements et des formes anguleuses. Chacun des 151 logements dispose d’une terrasse qui était alors recouverte de quarante centimètres de terre pour y jardiner… à domicile ! Depuis quelques années des artistes s’y sont installés, séduits par des loyers abordables et l’originalité due à cette architecture « proliférante ». 

La cité Rateau de La Courneuve symbole de l’architecture « brutaliste »

L’arrivée  à la Cité des 4 000 marque tout le contraste dans l’approche du logement social de masse. Créée en 1956 par Clément Tambuté et Henri Delacroix, cette cité composée à l’origine de quatre barres gigantesques nécessita dix ans de travaux malgré des techniques très élaborées pour l’époque. Depuis des décennies, le département mène avec difficulté une lente réhabilitation des 4 000 ; faute de moyens, deux barres ont été détruites, mais le chantier reste énorme. 

La cité des 4000 de La Courneuve poursuit sa réhabilitation avec la destruction de ses barres.
Le mur antibruit de l’A86 .. presque une oeuvre d’art en soi !

Téléchargez la trace de cette randonnée https://www.visugpx.com/YBD0IDeE5P


Les averses n’ont pas cessé lorsque les marcheurs du Voyage Métropolitain arrivent au Fort de l’Est, à la frontière de Saint-Denis. Il fut construit en 1841dans le cadre de l’Enceinte de Thiers, longue de 33 km, édifiée pour protéger Paris. Elle comprenait une quinzaine d’autres forts, ce qui n’empêcha pas les Prussiens d’assiéger la Capitale en 1870 !  En contre-bas des fortifications, on y trouve une centaine de jardins familiaux répartis sur un hectare. Quelques courageux marcheurs vont s’y promener malgré les sentiers inondés par endroit, et tous se retrouvent à la sortie pour conclure cette randonnée au lieu de création du 6B à Saint-Denis, au confluent de la Seine et du canal, à proximité de la gare. 

Les jardins familiaux du Fort de l’Est. Une centaine de parcelles réparties sur un hectare.
l’époque du ciment armé..
La place des 4 routes de La Courneuve.. un délire de couleurs pour lutter contre la morosité.

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