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GR 34- saison 5 Rando solo, camping frigo et crêpes à gogo

Crozon express – Landévennec-Camaret en 4 étapes

Boucler le GR34, ma quête du Graal ! Ce sentier de 1700 km qui longe les côtes de la Bretagne n’en finit pas de me narguer  depuis cinq ans. Libérez moi, I want to Breizh free ! Chaque été je m’y recolle avec un sac de 12 kg histoire de conjuguer la liberté, les joies et les douleurs du trekking en camping. Avec la même question : combien de jours tiendrais-je le rythme, la météo, en solo sans bobo à l’âme et au dos ?!   Réponse cette année à Crozon.

 

 

Si ce chemin de grande randonnée n ‘est pas l’ Everest il faut  toutefois jongler avec les distances, un rapport de poids sac/bonhomme irraisonnable, une dénivelée trompeuse , le nombre  réduit de campings  ou de gîtes abordables, les épiceries aléatoires ou encore les incontournables crêperies. J’avais quitté le GR 34 à Brest l’ an passé un peu lessivé par le crachin breton. La presqu’île de Crozon était la suite obligée et attendue,  tant cette région est un petit paradis pour randonner entre ciel et mer. Seulement,  c’est aussi le bout du monde. Il m’aurait fallut trois jours de marche supplémentaires  pour m’y rendre depuis la sortie de Brest un peu ingrate et itinéraire moins côtier . Je décidais donc de zapper le tronçon et d’attaquer la cible

En rade.. à Brest !

par la face nord depuis Landévennec en bus. Le réseau de cars du Finistère est génial. Vous circulez partout dans le département pour le tarif unique de 2€ (excepté entre  Brest et Quimper). Hélas les horaires de la ligne Brest-Camaret sont rarement synchro avec ceux des trains venant de Paris.  Et surtout, damned, elle ne dessert pas Landévennec ! Mauvaise pioche.  Le département paie cependant le taxi pour vous y rendre depuis un arrêt à 7 km.  Bon gré mal gré, je suis resté en rade.. de Brest pour quelques heures, suffisamment de temps pour déjeuner sur le port et visiter le Musée Maritime situé dans le château. La vie de Brest ne cesse d’être brassée par les turbulences  de l’histoire entre chantiers militaires, fortifications, destruction, reconstruction, un vrai bagne et un camp de prisonniers civils sur l’Ile Longue devenue une base de sous-marins, son École Navale, les explorations de Lapérouse et plus récemment  les grands rassemblements de voiliers anciens. Après cette visite et une errance touristique en mode sherpa,  le bus pour Camaret décolla enfin me déposa,  en route comme prévu à 7 km du but, à un carrefour où un taxi arrivant de nulle part me prit en charge. Je retrouvais le GR34 à Landévennec, un petit port qui marque l’entrée de la presqu’île de Crozon. Pour une première nuit et une arrivée tardive je logeais au gîte d’étape communal. Une famille de la région parisienne y faisait escale et cuisinait un repas sommaire.  Je me remis au régime  local dans la seule crêperie du village. Je ne saurais trop vous conseiller ici l’Océane, à base de saumon, thon et sa salade .

Une Presqu’île si belle, parce qu’elle le Vauban !

la fortification de la presqu’ile de Crozon par Vauban: une véritable curiosité régionale
Tente Vaude (1 kg), légèreté et confort de l’habitat nomade high tech.

Après une nuit en solo dans le petit dortoir, j’attendais 8h30 l’ouverture de l’épicerie pour un shopping alimentaire de survie : banane, tomate, jambon, biscuits, pain..Le sac dépassait allégrement les 12 kilos et je retrouvais la douloureuse sensation de m’enfoncer dans le bitume. Le GR34 suit ici la côte sur plusieurs kilomètres dans le Bois de Poulmic,  un décor de pins puis il débouche sur  l’Ecole Navale évoquée, ses bâtiments d’un goût douteux et trois escorteurs désarmés ancrés dans la baie. Sachez que l’omniprésence des terrains militaires forcent souvent ici le randonneur à des contournements surréalistes en s’éloignant de la côte. Je m’enfonçais ainsi dans les terres pour rejoindre Lanvéoc et le camping de la Cale après une vingtaine de kilomètres. Je croisais en chemin un prêtre en soutane à la tête d’un groupe de jeunes marcheurs en autonomie totale. Sur le GR34 depuis quatre ans au départ du Mont St Michel, Ils avaient quitter Brest depuis une semaine et essuyé la colère divine, à savoir un orage monstrueux . Une âme charitable avait sauvé le groupe du déluge en abritant ces infortunés à domicile. Un vrai miracle.  Je payais la dime de 7,50€ à l’accueil du camping et plantais ma tente de nain sur une des  terrasses , au pied d’une forteresse. Vauban s’en est donné à cœur joie sur la Presqu’Ile de Crozon, une avancée stratégique en face Brest et son goulet, en proie aux attaques de la flotte anglaise. Les Allemands ont complété ces fortifications par un bétonnage copieux en 40. Je quittais Lanvéoc en effervescence ce matin-là, une agitation due au concours de pêche en mer de l’ été. Alors que je prenais mon petit déj sur le banc humide du camping sous les rayons du soleil, une véritable armada de plaisanciers en bottes et gilets gonflables, armés de cannes et d’épuisettes quitta la cale au coup de canon. Aujourd’hui direction Roscanvel, sa presqu’ile et son camping municipal.  Sur 21 km le GR34 alterne  des sentiers en bord de plage,  des bois et des portions de route, en passant par le petit port du Fret, sans dénivelée marquante. Après un tour d’honneur dans le bourg pour  trouver l’entrée de  ce foutu « établissement hôtelier de plein air » , je m’installais sur une autre terrasse balayée par la brise, en altitude. Le bureau n’ouvrait pas avant 15h. (Info – le Festival du Bout du Monde de Crozon, programmé cette année-là du 4 au 6 août,  sature  hôtels, gîtes et certains campings. Il est prudent réserver  notamment les gîtes d’étapes longtemps à l’avance).

Le fort émerge de la pointe des Capucins (Côte ouest de Roscanvel)

Une fois débarrassé de ma charge de mulet, je pris la route de la côte pour aller voir de près deux forts que l’on m’avait conseillés. Le sentier bien balisé me mena jusqu’à la pointe des Capucins. Imaginez un fort planté sur un rocher relié par un pont étroit au rivage, des ruines inquiétantes qui lui donnent un air de château hanté . Ce décor a  tout pour séduire un cinéaste , ou devenir  le terrain de jeu de Lara Croft dans Tomb Raider. Je laissais quelques touristes aventureux descendre une pente ultra raide et mal pavée jusqu’à l’édifice et poursuivais ma rando jusqu’à la Pointe de Cornouaille et sa forteresse. Le site en contre-bas est en cul-de-sac et oblige le visiteur à descendre et gravir près de 200 marches. Sympa avec déjà 22 km dans les jambes depuis le matin ! Le circuit des forteresses se conclut généralement par la Pointe des Espagnols et sa vue imprenable sur Brest. Sans moi ! Je rentrais au camping par les terres et réservais un table à la crêperie de Roscanvel. La nuit fut polaire et je réveillais les tentes voisines dans un concert d’éternuements irrépressibles. Une gentille crève en plein mois d’août, en rando et en camping .. Pas mal .

le sympathique port de Camaret

 

Quand le GR34 se transforme en route du rhume

Il fallut tailler malgré tout la route. J ‘avalais deux Doliprane et partis fébrile vers Camaret  sur la nouvelle portion du GR34  qui englobe dorénavant toute la presqu’île de Roscanvel. Le parcours côtier d’une dizaine de kilomètres se révéla idéal pour cette journée d’enrhumé. Je stoppais dans l’unique pharmacie faire le plein de Kleenex et dans une supérette pour un nouveau shopping alimentaire avant de me diriger vers le camping municipal de Lannic situé à proximité de l’ Auberge de Jeunesse. (Info – L’ accueil dans ces établissements passe par l’achat obligatoire de la carte d’adhésion annuelle. La nuitée coûte aux alentours de 22€ en haute saison. Moins cher pour les groupes). Une fois installé vers les 17 h, j’en profitais pour marcher le long des quais et notamment la digue où siègent l’église ND de Rocamadour , la tour Vauban et de splendides épaves de chalutiers, des stars locales croquées par les dessinateurs en balade.  A l’heure du diner, le centre ville de Camaret fut pris d’assaut très tôt et je me retrouvais un embouteillage compact de badauds affamés et de voitures.

Les restaurants affichaient complet les uns après les autres, il me fallut en essayer plusieurs afin de trouver une table. Je ressentis alors la baisse de régime due au rhume , ou la perte de poids, la fatigue encore accumulée après 900 km passés sur le Camino del Norte un mois auparavant ?  Un moral à marée basse, des prévisions météos peu engageantes, j’ avais ma dose, ça serait du Crozon Express pour cette année et un retour précoce. Il me fallut de nouveau jongler avec les horaires de bus pour dégotter un billet de train pour Paris à un tarif correct. Appli Voyage-sncf, Brest-Paris à 19h18 pour 66€ (tarif réduit) le lendemain avec un bus direct à 15h25, j ‘achète. De retour au camping, je pris cette fois plus de précautions pour affronter une dernière nuit sous tente à 9° C, avec grains prévus. J’enfilais T-Shirt coton, T-shirt Décath manches longues,  fin thermolactil Bermude et doudoune Patagonia.

la cale de Lanvéoc, sa plage, son camping

Avec le duvet doublé du sac à viande en soie, je devais en principe survivre. Après avoir secouer la toile de la rosée matinale et surtout des gouttes de la dernière averse, je tentais une

L’anse de Pen Hat, le sémaphore de la pinte du Toulinguet

première sortie à 7h vers les sanitaires. Zippp !  un vent glacial s’engouffra dans la tente. Je décidais d’attendre 8h, au chaud, l’ouverture du dépôt de pain. J’avais en effet vu la veille qu’on y servait aussi du café ! Dieu se manifeste parfois auprès du randonneur-campeur au bord du gouffre. Le camping sortait lentement de la nuit, des zombies en survet ou pyjama arpentaient les allées, les nuages noirs s’éloignaient en laissant filtrer les premiers rayons. Le pain au chocolat trempé dans le café fut un vrai bonheur, la journée partait bien.  Des heures devant moi, une louche de Baume du tigre dans chaque narine, une provision de Kleenex en poche , le sac à dos allégé , je rezippais l’habitacle pour une ultime balade sur cette  magnifique presqu’île de Crozon. Le premier panneau d’info locale mentionnait un Tour de Camaret de 22 km pour 6 heures de marche. De quoi rater allégrement le train . Après étude de la carte IGN (Ref 0418ET au 1:25.000e), j’optais pour un tour d’honneur  de 12 km. Le soleil me réchauffa le corps et l’âme, je me  dépiautais de mes couches comme on pelle un oignon au fur et à mesure de ma progression vers  la Pointe du Grand Gouin qui domine Camaret. J’admirais une fois encore ce décor magique où un tapis de bruyères multicolores résiste au vent et sel .  Le sentier  serpente ainsi jusqu’à la Pointe de Toulinguet. Tout au bout les radars du sémaphore militaire surveillent  le trafic, zone militaire défense d’entrer. Des camping-cars se sont installés en clandestin sur cette lande sauvage pour fuir la foule de Camaret. La lumière matinale douce et pure accentue encore la beauté de cette côte  déchiquetée par des siècles de tempêtes. Arrivé à l’ anse de Pen hat, au bout d’une immense plage immaculée totalement déserte, je tombe stupéfait sur le mémorial de la seconde guerre

le mémorial de l’anse de Pen Hat

mondiale. La marine et les pêcheurs ont payé un lourd tribu au conflit. Des ancres des navires coulés, des mines, une batterie anglaise, dessinent dans ce paysage paisible un musée à ciel ouvert  sur lequel plane encore la douleur du souvenir . Je  n’en avais pourtant pas fini avec le passé. Avant de rejoindre la pointe de Pen Hir, le chemin devint chaotique, les bâtons de marche heurtaient les blocs. Et puis soudain les quatre tours d’un château en ruines,  au loin une croix de Lorraine géante, un bloc monstrueux de granit presque à l’état brut surplombant la mer. Les touristes venus en voiture affluaient par vagues successives le temps d’un selfie et d’une balade entre les rochers.Il était temps de retrouver le calme et la solitude du sentier côtier  pour rejoindre Camaret avant mon retour vers Brest et Paris. Je repassais une dernière fois au camping de Lannic pour plier la tente et remplir les 50 l du sac Osprey de mon attirail de nomade. Je n’ai pas croisé les filles de  Camaret . Dommage !! Courte mais belle balade.

 

Il prend la pose (et la pause) à Roscanvel, pointe de Cornouaille.

Je reviendrais finir ce GR34  en filant  vers le sud à la Pointe de la Chèvre puis vers Douarnenez mais en revoyant ma copie de randonneur sexagénaire. L’option portage n’est plus au programme ! Je privilégierai les nuits en gîte d’étapes, quitte à alourdir cette fois le budget sachant que j’ ai toujours rendez-vous avec toutes les crêperies de Bretagne, ses caprices météo, ses plages, sa rudesse de granit.