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Joies et douleurs du marcheur en milieu urbain

Joies et douleurs du marcheur en milieu urbain

Trottoirs encombrés de voitures , quartiers enclavés entre autoroutes et voies de chemin de fer , voies de trafic intense infranchissables, la vie du  marcheur des villes n’est pas une sinécure . L’arrivée du Grand Paris dans la prochaine décennie saura-t-elle lui faire une place ? 

A l’heure où l’on prône l’abandon de la voiture en ville au profit de la marche à pied ou du vélo, des urbanistes, architectes, chercheurs, philosophes ou sociologues réunis lors d’une conférence sur le thème Les piétons du Grand Paris dressent un constat alarmant et mettent les auteurs de ce projet colossal devant leurs responsabilités : se déplacer à pied notamment en Ile-de-France s’avère déjà être une galère. Qu’en sera-il lorsque le GPE sera opérationnel d’ici à une dizaine d’années ? Avant de répondre à ces interrogations, les conférenciers choisirent de définir et cadrer la marche urbaine par le biais de divers travaux sur le sujet. Après l’intervention de Guy-Pierre Chomette, reporter, auteur du livre Le Piéton et le Grand Paris, Marie-Hélène Bacqué, sociologue, est revenue sur son immersion dans le RER B sur les traces de François Maspiro. Trente ans auparavant, il se penchait déjà sur les trajets, les territoires de ces marcheurs quotidiens, une mosaïque multiculturelle de travailleurs immergée sur cette ligne emblématique de la région parisienne. L’émergence de la marche en milieu urbain a aussi inspiré le philosophe Frédéric Gros. Dans son livre « Marcher, une philosophie », il dresse le portrait de ces arpenteurs de métropole dont les pérégrinations n’ont rien à voir, explique-t-il, avec la flânerie. Et d’ajouter : « Le randonneur est contre la modernité, le flâneur périurbain subvertit la ville mais avec plus d’agilité d’esprit, il rapine des images et fait exister le Grand Paris, une expérience qu’il qualifie de « nouveau vertige« . » Derrière ces considérations artistiques et philosophiques assez angéliques sur le marcheur des villes se cache une  réalité moins reluisante. Dominique Alsa, architecte et directrice générale de l’Atelier Parisien d’Urbanisme, tire une première sonnette d’alarme lors de son intervention : « Aujourd’hui on comptabilise 40 millions par jour de déplacements. Les Franciliens, dont une majorité de collégiens et lycéens,  totalisent 8 millions de km à pied dans un environnement du Grand Paris peu adapté à cette pratique. » Elle dénonce ainsi le manque de trottoirs, la largeur de la majorité des rues inférieure à 12 mètres, etc. L’architecte consultante auprès de Grand Paris Express terminera son exposé sur une révélation cinglante : « On construit actuellement 68 gares sans avoir réellement pensé aux rues pour s’y rendre à pied ! » Notre marcheur urbain et son cousin le cycliste connaissent actuellement des « moments de vie intense » dans ces métropoles si mal aménagées pour eux. Dans son ouvrage intitulé La Ville morcelée – Effets de coupures en milieu urbain Frédéric Héran enfonce le clou. Il a déterminé ainsi quatre types de coupure principaux qui compliquent la vie de ce marcheur et de ce cycliste.

La coupure linéaire : il s’agit des autoroutes, des fleuves et des voies ferrées, autant d’obstacles infranchissables. Le marcheur doit alors faire des kilomètres supplémentaires pour trouver le pont ou le tunnel providentiel.

– La barrière de trafic : Ce concept très anglo-saxon concerne les axes surchargés de circulation, des automobilistes lancés à pleine vitesse. Leur franchissement peut s’avérer parfois difficile voire suicidaire !

Marcher parfois plusieurs kilomètres pour trouver une passerelle.

– Les voies impraticables : Le marcheur se heurte ici au manque drastique de trottoirs l’obligeant à prendre des risques en longeant des routes ou encore à contourner des véhicules en stationnement sur des trottoirs étriqués. Sans parler de l’absence totale de pistes cyclables et des ces voies tracées à contre-sens dans certaines rues, véritables couloirs de la mort pour les deux-roues !

– Les coupures surfaciques : La forte urbanisation empiète chaque jour un peu plus sur la continuité des parcours de randonnée ou plus simplement des trajets piétonniers. Hôpitaux, cimetières, nouvelles gares viennent ici entraver leur progression et les obligent à des contournements parfois hallucinants.

Après de nombreux mois d’études sur le terrain à travers toute la France,  Frédéric Héran nous livre son verdict : « En fait, tous ces types de coupures s’entremêlent, un constat déjà énoncé dans mon précédent bouquin  « Les quartiers enclavés ». J’avais alors répertorié pas moins de 21 secteurs véritablement encerclés de coupure en Seine-Saint-Denis ! » Ce département du 93 est sans conteste le royaume de la coupure, suivi de près par le 94 (Val de Marne) et le 92 (Hauts-de-Seine). L’unique responsable de ces maux est la vitesse ! Et la distance devient un lourd problème pour les non-motorisés. Alors que le Grand Paris Express sort de terre (ou plutôt s’y enfonce en mode souterrain), se pose déjà la question de l’inter-modalité. Car la  naissance des 68 nouvelles gares va entraîner une densification de  population à leurs abords. Georgina Mendès de la société Grand Paris est consciente de l’enjeu : « Nous devons assurer la continuité des parcours des piétons depuis les gares, intégrer ce qui existe déjà et travailler sur la lisibilité de ces parcours en créant de véritables itinéraires. »

Marcheurs, restez optimistes mais vigilants ! Votre avenir est sans doute entre de bonnes mains. Nous autres randonneurs périurbains continuons d’explorer ces friches, ces no man’s lands, ces espaces éphémères en mutation. Nous guettons avec impatience l’arrivée du  » Sentier métropolitain  » L’itinéraire proposé par le Sentier du Grand Paris, long de près de 400 km et adossé aux futures gares du Grand Paris Express, aux gares RER et aux stations de tram et de métro, permettra ainsi de relier plus d’une centaine de communes des petite et grande couronnes parisiennes, offrant à découvrir un véritable patchwork urbain, composé de paysages hétéroclites et fragmentés. Nous verrons alors si les messages des experts cités ont eu un impact sur le quotidien de cette espèce de bipèdes vouée à la lenteur !

Liens pour en savoir davantage : 

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Société du grand Paris

Le voyage métropolitain

Le sentier du grand Paris

Sentiers périurbains : des randos aux frontières de la ville

600 km de rando du 3e type sur 150 communes et 7 départements.

Alors que la plupart des randonneurs d’Ile-de-France rêvent de nature préservée, de vastes plaines et de forêts, autant d’espaces  qui abritent souvent un riche patrimoine historique, une poignée de  défricheurs a choisi d’explorer à pied les confins de quelques grandes villes.  Ils sont architectes, écrivains, journalistes, des randonneurs qui partent aux frontières de la ville tenter de comprendre comment fonctionnent ces ensembles urbains et comment y vivent les hommes. Alors GPS  et cartes en main, ils s’immergent entre les dédales des échangeurs d’autoroutes, des canaux , des pylônes de lignes haute tension. Ils s’enfoncent dans les cités, errent dans les zones commerciales, les contournent, se perdent dans les ruines industrielles et les usines désaffectées. Ces no man’s lands cernent nos villes et nous mettent face aux  territoires de rejet et d’abandon tels des campements de Roms, des décharges sauvages ou des terrains de jeux plus que vagues pour des gamins de banlieue en quête d’évasion.

Ces sentiers de rando improbables perdus dans le béton, la ferraille et les herbes folles s’ouvrent désormais au public sous le label déposé Sentier Métropolitain. Celui du Grand Paris sera balisé en 2020. Il offrira près de 600 kilomètres de randonnée,  soit trente jours de marche dans la plus grande métropole francophone du monde en constance mutation urbaine et sociale. Le tracé de ce sentier métropolitain n’est qu’un instantané à saisir. Demain de nouvelles voies de communication, de nouvelles constructions ou destructions en changeront probablement  le  profil.

Le sentier Métropolitain du Grand Paris couvrira 150 communes et 7 départements, le long de trois boucles qui se recoupent et passent par Cergy, Saint-Denis, Marne-la-Vallée, Créteil, Évry, Versailles, il traverse un territoire de 2 000 km2 , une région d’Ile-de-France peuplé de 11 millions d’habitants.  Ce sujet a été traité en 5 volets, cet été, dans le quotidien La Croix. Retrouvez tous les détails sur le site www.la-croix.com.

Des sites pour en savoir plus et participer à ces randonnées :
levoyagemetropolitain.com
lesentierdugrandparis.com
banlieuedeparis.org

À lire aussi :
La Révolution de Paris, de Paul-Hervé Lavessière (Éd. Wildproject, 194 p., 20 €) ;
Les Aventures de poche. Simples, courtes, au coin de la rue, d’Olivier Bleys (Éd. Hugo Doc, 178 p., 17 €).

Définition du Sentier Métropolitain ? (texte et graphiques source La Croix)

Développés depuis 2010 à Marseille, Londres, Tunis, récompensés de la médaille de l’Urbanisme en 2013, les Sentiers Métropolitains se situent à la croisée des mondes de l’aménagement, de l’art, du tourisme, de l’écologie. Ils consistent en 3 volets inséparables :
1 – un itinéraire élaboré de façon concertée avec les territoires et les acteurs qui y œuvrent.
2 – des explorations : repérages, marches publiques, randonnées métropolitaines…
3 – des récits partagés : projets artistiques, livres, articles, récits de voyage, feuilletons sonores, films documentaires, guides. SentierMétropolitain® est une marque déposée par l’association « Sentiers Métropolitains ». Ce label garantit la qualité des itinéraires réalisés dans les territoires concernés et la conformité du projet au Manifeste des Sentiers Métropolitains présenté à Londres en septembre 2016 (cf. MT Manifesto)