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Ran..Deauville ! 19 km Made In Normandie

Deauville, la plus connue des stations balnéaires des parisiens en mal de sable fin , me séduit par son décor, me navre par sa dérive. Et pourtant j’y reviens depuis toujours. Années 80, le temps d’un week end , nous débarquions avec nos planches à voiles, certains garaient les camping-cars le long de la plage, d’autres dormaient dans l’école de voile des Fous du Vent . Deauville était alors une jolie petite ville normande bénie d’Eole encore un peu sauvage, et ce avant que la famille d’Ornano n’y bâtisse un centre de congrès , y greffe une thalasso et plante des parkings payants sur les trois kilomètres de littoral. De quoi bannir et satelliser plus loin planchistes ou surfers.

Deauville et Trouville sont séparées par la Touques. Une belle promenade vous fera découvrir les deux rives jusqu’à son embouchure.

Quelque que soit l’époque un curieux mélange des genres règne à Deauville. Vente de yearling, festival du Film Américain, courses hippiques, as de la fringue rescapés du Sentier , se cotoient ici une clientèle très haut de gamme traditionnelle de passage ou en résidence secondaire et une classe « populaire » , deux mondes qui se regardent et cohabitent à la plage dès les beaux jours. Bon d’accord, de loin ! Les uns avec les glaciaires sous le parasol, les autres aux terrasses des bars chics. Alors, aux heures et jours de pointe, lors desquels Deauville part en surchauffe et que les bagnoles font des rondes infernales pour se garer au prix fort, il fait bon s’éloigner du bord de mer et partir visiter les environs.

Un itinéraire compact qui vous fera découvrir toutes les facettes de ce littoral et le caractère des deux villes soeurs de Deauville et Trouville.

J’ai donc quitté Trouville en suivant le canal pour enjamber le pont à deux pas de la gare de Deauville. De l’autre côté, il suffit de suivre l’artère principale pour atteindre l’hippodrome de Clairefontaine. Le site a su garder tout le charme normand de naguère. Le GRP 223 Tour du Pays d’Auge début derrière le champ de course . Il passe devant la villa Strassburger. A cet endroit, à la Ferme du Coteau en 1907, vécurent quelques temps Gustave Flaubert et sa famille. C’est en 1975 qu’Henry de Rothschild commanda cette splendeur normande à l’architecte Caennais Georges Pichereau, et afin d’être au plus près de ses pur-sangs. Le GPR escalade la colline un peu raide pour longer la côte sur les hauteurs de Deauville et longe le Golf Barrière.

La Villa Strassburger fut construite par Henry de Rothschild en 1975 sur la ferme du Coteau où vécut Gustave Flaubert

Ce n’est pas un véritable sentier mais une petite route qui conduit à Tourgeville. Au détour d’un virage, une croix en ciment marque l’entrée du petit cimetière militaire . Alignement parfait des tombes, gazon coupé ras, l’histoire du débarquement s’est écrite aussi sur cette partie de la côte . Pour en mesure tout l’ampleur, il suffit de poursuivre cet itinéraire jusqu’au Mont-Canesy, cette fois sur un chemin balisé. Les Allemands y avaient installé des batteries de canons pointés vers Le Havre. Portée de 21 km , obus de 43 kg , le Mur de l’Atlantique se voulait infranchissable . Le GR slalome entre les énormes blockhauss qui abritaient ces pièces d’artillerie. Des escaliers conduisent au sommet de l’un deux, de quoi admirer sur ce belvédère de béton le panorama.

Vestige du Mur de l’Atlantique de la Seconde guerre mondiale sur le Mont Canesy
Le petit cimetière militaire de Tourgeville

Je sors de cette zone naturelle protégée pour rejoindre la route qui conduit à Villers-sur-Mer mais je bifurque avant vers Blonville, histoire d’acheter de quoi pique-niquer et me poser après une bonne douzaine de kilomètres au compteur. Seulement, nous sommes en juin, le Covid-19 a laissé des commerces sur le carreau et mauvaise pioche c ‘est mercredi, jour de fermeture ! Mon déjeuner sera frugal : une demie banane, une pêche et une barre de céréales. J’engloutis le tout, affamé puis vais prendre un bain sous le soleil déjà très haut. Les familles s’installent, les parasols fleurissent un à un sur la plage calme de la petite station qui semble encore hésiter à sortir de son confinement sanitaire . Pas de douche à l’horizon, ni le moindre point d’eau, je vais remplir mes bouteilles dans une villa voisine avant de reprendre mon retour par la côte rectiligne.

Blonville, Bénerville, des petites stations balnéaires tranquilles proche des turbulentes voisines

Je laisse la route à Bénerville afin de gagner le rivage par un petit chemin perpendiculaire. Les plages privées se succèdent le long de la croisette. On est loin de la fièvre de Deauville, tout ici respire encore le calme .. peut être avant la pleine saison imminente. Le temps est clair et l’on distingue au bout de l’horizon les infrastructures du Havre, de l’autre côte de l’estuaire de la Seine. En se rapprochant de Deauville, les tentes deviennent plus denses sur la plage . A l’entrée, un panneau installé sur les fameuses planches annonce clairement les règles du jeu post-confinement : distanciation, pas de jeux.. l’arrêté municipal réglementaire est aussi placardé partout .

Panarama sur Villers-sur-mer et Blonville depuis les anciennes batteries du Mont -Canesy

Que ce soit à Deauville ou Trouville, le long confinement sanitaire a retardé beaucoup de travaux. Et à la veille de la haute saison, des ouvriers travaillent encore (ou enfin) sur les chantiers d’aménagement des installations de plage ou le ravalement d’immeubles. Il faut rattraper le temps perdu. Le peut-on vraiment ? C’est ce que semble vouloir le flot de visiteurs qui déferle ce week là sur les deux villes voisines. Le soir venu le thermomètre affiche encore près de 30°C , les restaurants de poissons affichent complet, on fait la queue aux glaciers et pizzerias, les masques sont exigés à l’entrée mais tombent rapidement sur les terrasses. Métamorphose urbaine due à la psychose terroriste, elles sont toutes désormais protégées par des blocs de béton espacés, genre briques Légo géantes.

Le GRP 223 Tour du Pays d’Auge vous mènera jusqu’à Honfleur. Quittez le pour profiter de la plage !!

Il existe d’autres parcours de randonnée au départ de Deauville, notamment un bel itinéraire qui reprend vers le nord le GR223 – Tour du Pays d’Auge, pour rejoindre Honfleur, soit une vingtaine de kilomètres sur les coteaux verdoyants en passant par les haras et les distilleries.. de Calvados ! Et pourquoi pas poursuivre jusqu’au Pont de Normandie. Quelque soit votre parcours, sachez que ce terrain de jeu est vallonné à souhait, de quoi accumuler de bons dénivelés et craquer sans culpabilité le soir venu devant un plateau de fruits de mer !

Téléchargez la trace de cette randonnée au format .gpx https://www.visugpx.com/KgXGYDl71o

Elle voulait voir la mer. Alors on a marché 17 km dans le sable !

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vue sur la Villers.. sur mer . Evidemment.

Chaque année depuis que les congés payés existent, il y a les juillettistes et les aoûtiens qui se croisent sur les routes. Puis d’autres qui prennent le train  lorsqu’une copine manifeste une envie irrépressible de se tremper les pinceaux, un lundi, et de marcher. Alors on écoute la copine et on achète un billet SNCF, direction Deauville. Le groupe est restreint. il y a Monique  la parigo-charentaise, donc  la parisienne capricieuse, Edward qui sèche le boulot et deux retirés des affaires à perpétuité , Michel et votre serviteur. A Deauville, premier changement de programme. Nous ne marcherons pas jusqu’à Villers-sur-mer. La copine voulant voir que la mer, nous prendrons le bus jusqu’à Houlgate et retour par la plage, « Houlgayte » comme dirait Edward probablement intoxiqué par trente ans d’actualités anglo-saxonnes  (Watergate, Bille Gates ??). Nous rejoignons la petite station balnéaire vers les 10h00, Michel a sorti la carte IGN du coin, j’ai déployé un bâton de marche pour attaquer la falaise. On est fin prêt  et gonflés à bloc pour la grande aventure sur le GR223 . Enfin pas tout à fait. Edward se souvient qu’il ne marche jamais sans son café, notre randonneuse se découvre une soudain une fringale et Monique n’ a pas prévu de pique-nique. Alors attablés à une terrasse baignée de soleil, tous décrètent que l’urgence est aux oeufs brouillés et toasts grillés, aux doubles-express et pour Monique un shopping dans une pâtisserie locale. Après une rallonge de cafés et une autre tournée de toasts,  il nous faudra près d’une heure pour amorcer enfin un premier pas vers ce foutu sentier perdu quelque part en ville . Là,  un premier obstacle se dresse sur le chemin, genre Everest normand : un escalier ultra raide de.. 200 marches peut-être ?  La mer se mérite et ce n’est pas une rampe ridicule qui peut entamer notre détermination de randonneurs aguerris . IMG_5137Asphyxiés par les 112 m d’altitude, surement déjà un peu diminués par le décalage horaire, on atteint un petit belvédère pour observer.. la mer  ! C’était le moment pour se débarrasser du superflu, les bouteilles d’oxygène et des bas de pantalon ou comme notre copine, d’offrir un striptease gratos aux touristes matinaux en enfilant un bermuda. Alors on a repris le chemin par les sous-bois des hauteurs. Les kilomètres défilent la mer a disparu. Ca sent le Devos. Les remarques ironiques commençent à fuser :  » on aurait peut être du rester sur Fontainebleau ? »  ou « faut pas se plaindre la balade en car était sympa ». Etc. Les pieds-nickelés en vadrouille ramassent en route un marcheur qui souhaite rejoindre Villers-en évitant le macadam. C’est la chance de sa vie pour ce passionné d’astro-cosmo-physico-spatiale, il tombe sur Michel un garçon érudit toujours dans les étoiles dont la culture philosophico-zen-Tai-chi  se double du dictionnaire des citations en douze volumes ! On quitte le voyageur à l’entrée de Villers avec une vision d’un nouvel eldorado : la mer est à nouveau devant nous !

Ca va  surement se dégager avec la marée. « C’est pas faux »  réplique Edward, faute de mieux 

trave normandie
on a faillit ne pas voir la mer ..ouf !

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Trouville : 50 centimes pour traverser le port à marée basse ! Dame pipi sur l’autre bord.

Il est presque 13h00 et la plage nous tend les bras. Monique avait annoncé la couleur, qu’elle que soit la température de l’eau, elle se baignerait. Promesse tenue, miss Poitou se pare d’un deux-pièces et s’élance vers les flots. Les autres font trempettes des pieds, notre amie traite ses problèmes immobiliers en direct live au tél, j’attaque mon sandwich Rosette de Lyon alors qu’Edward et Michel plongent dans une salade suffisante pour  nourrir trois Sumotoris. La copine aux envies de mer lâche son portable, elle n’ a pas faim, rassasiée au départ par trois miettes de pain et un dé à coude de thé. Michel gratifie toute la plage d’une démo de Tai-chi . Rien ne presse vraiment, le train du retour est à 19h00, la plage s’étend à l’infini vers le Havre et comme l’avait prévu Michel en fin marin, la marée est à l’étale. Edw et moi gardons les chaussures de rando afin d’éviter une abrasion excessive de nos pieds splendides. On passera le reste de la journée à éviter les flaques et les torrents de 10 cm de fond s’écoulant vers la mer. Au gré du terrain et de l’humeur voire de la mauvaise humeur passagère , le groupe évolue à géométrie variable sur le sable. Les filles font des photos sur les bouées, Michel médite en arrière sur la psychologie des mouettes en milieu marin et l’influence de la lune … Je me repasse quelques flashbacks nostalgiques : Deauville, la planche à voile , le camping aux Fous du Vent avant qu’Ornano ne transforme la ville en machine à fric  et puis les châteaux de sable avec Etienne , nos bagarres de lutteurs, les déj au restau le Galatée à Trouville, les soirées Top Résa  Mondial du tourisme dans les deux casinos, les machines à sous avec les potes à Ouistréam, Villers..et puis un peu plus loin les couchers de soleil  magiques sur  la plage d’Arromanches.

A Trouville-Deauville , l’addition est parfois plus salée que la mer .

Deauville pointe son nez avec en fond sa piscine d’eau de mer son centre de thalasso. « Pas question de dévier du cap » s’insurge on Monique. Objectif : débarquer dans un bar de Trouville pour recharger les batteries avant le train. Un second obstacle se dresse à l’entrée du port : La Touque . Tels des mexicanos plantés devant le Rio Grande infranchissable, tous regardent impuissant la fougueuse rivière. Au moins un mètre de flotte et un débit de 0,5 m3 par seconde , les sables mouvants, les crabes mangeurs d’hommes ! Il vaut mieux éviter le ridicule sous les yeux des quelques badauds sur la digue et rejoindre le centre au sec. Le marché aux poissons réveille les appétits et les fantasmes gastronomiques. Claire avait déjà dégainé avec des hallucinations de rillettes, de tripes, Michel emboite le pas avec un rêve orgie d’Etrilles. Monique et Edward passent à l’acte et investissent dans les filets de maquereaux . On dépasse les Vapeurs pour s’installer en terrasse histoire de calmer notre dalle. Pas facile de choisir lorsque la montre indique 17hoo. Tempête dans le crâne de Monique : prendre ou ne pas prendre une saucisse-frites maintenant ? Je bouquine la carte avec stupeur . Le niveau des prix s’élèvent avec la marée . IMG_5144Là, on est en pleine équinoxe, le cappuccino atteint les 7€ , la maigre assiette de fromage de la randonneuse  pourrait à peine convenir au menu enfant et ma tartelette et sa boule de glace se perdent dans l’immensité du plat. Un petit crachin tombe sur la ville, il est temps de rejoindre la gare de l’autre côté de la Touques. Tous dissertent encore en chemin sur cette addition plus salée qu’un marais.  Notre copine a vu la mer, Monique rêve encore de sa saucisse frites dans le train du retour. Mais comme c’est bon d’avoir regarder un bout de l’horizon un lundi alors que Paris se vide comme ce petit port normand à marée basse!