Rando vins et .. naufrage !

Avertissement Eloignez les enfants de l’écran, cet article peut en effet causer des traumatismes irréversibles sur les jeunes sujets les plus sensibles ou les pousser sur un mauvais chemin. Ce qui, pour de futurs randonneurs, serait totalement néfaste.

Soyons clair, cette randonnée vins et fromages était clairement préméditée. On pourrait même ajouter qu’elle fait partie d’une tradition lointaine datant probablement de la création du club Sport et Nature. Ce n’est plus un secret, ce rendez-vous annuel est orchestré depuis longtemps par nos deux passionnés d’œnologie, Stéphanie et Christian. Notez au passage qu’ils occupent les deux postes les plus élevés de l’association : présidente et secrétaire. Les plus naïfs n’y verront qu’une simple coïncidence.

Lors de cette édition 2019, Christian avait choisi de nous embarquer dans la forêt de Dourdan, département de l’Essonne. Afin d‘attirer un maximum d’adhérents dans ce qu’il convient d’appeler un traquenard, il n’avait pas hésiter à limiter volontairement la distance à 18 km. Sachant que nos randonnées ne sont jamais inférieures à 20 km… Je vous laisse juger. Résultat : la participation battit presque un record avec 49 personnes dont de tout nouveaux candidats à l ‘adhésion venus tester le sérieux de Sport et Nature. Pour une première randonnée et vu l’image assez « spéciale » offerte par l’association, nous ne sommes pas certains de les revoir un jour !

A peine neuf kilomètres parcourus depuis la gare de Dourdan, nous arrivons dans une clairière au milieu de cette forêt. Alors que dans 98 % des cas nous pique-niquons à même le sol, deux tables nous attendaient comme par miracle, en pleine nature. Lorsque des adhérents, probablement complices, ont étalé des toiles en guise de nappes, j’ai soudain réalisé que l’on ne sortirait pas indemnes de ce déjeuner piège.

Marie-françoise et Carole sous perfusion.
Christian, l’instigateur et meneur de cette rando Vins et Fromages Sport et Nature

En quelques minutes, le « plop » des nombreux bouchons extraits des goulots couvrit le chant des oiseaux. Les effluves de dizaines de fromages sortis de leur emballage provoquèrent la disparition immédiate de toutes espèces d’insectes dans un rayon de dix mètres. Puis les tables disparurent sous divers plateaux de ces produits laitiers, sous une forêt cette fois de bouteilles aux multiples couleurs dont les étiquettes aguichantes mentionnaient année et origine. Après cette pétarade de « plop », des vins se répandirent alors dans toutes sortes de verres allant du simple gobelet en plastique aux modèles incassables sur pied, en passant par ceux offerts par la FFRP lors de réunions de marcheurs, objets à la vocation ambiguë d’une fédération de loisirs apparemment sans vices. Différents couteaux sortirent des sacs afin de découper les victuailles : kits en plastique bon marché, combinés lame et cuillère inox, Opinel, armes de survie etc. Des pains de toute nature furent ainsi débités fébrilement et recouverts de fromages à l’appellation connue des seuls experts, à part le reblochon, le camembert et le gruyère, puis engloutis. Au fur à mesure que les verres se vidaient, des randonneurs – serveurs volontaires – les remettaient à niveau. Les adhérents les plus vulnérables, c‘est-à-dire les moins entrainés, criaient grâce sans conviction ou se resservaient eux-mêmes. Un nuage de vapeur éthylique semblait planer au-dessus des convives. Les conversations et les débats se firent de plus en vifs. J’écoutais d’une oreille distraite l’alternance de sujets confus allant du millième récit des Bronzés, de l’influence du Brexit, jusqu’aux divergences sur les gilets jaunes. Le vin déliait les langues, libérait des polaires les corps engoncés, les êtres se rapprochaient mêmes au point de se toucher ; l’atmosphère d’habitude si chaste devint carrément sensuelle. Il fallut bien deux heures pour venir à bout de tout, ou presque. Une file de randonneurs de l’Essonne passa rapidement, refusant de vider les derniers fonds en invoquant un impératif de timing bidon. Notre copine Anaïs s’en chargea !

Des restes de fromage allaient retourner dans les sacs à dos. Quant aux cadavres de verre, on en dénombra fièrement 18 ! Ils furent alignés au pied d’un chêne et chacun immortalisa la scène, histoire de dire : j’y étais. L’imposant groupe redémarra quand même, mais se disloqua rapidement sur plusieurs centaines de mètres sous l’effet combiné de la digestion et du mélange rouge-blanc-rosé à haut risque. Après le virage à angle droit d’un sentier non balisé, le téléphone de Christian sonna. Au bout du fil, Corinne, sa campagne l’informait qu’une vingtaine de marcheurs avaient perdu le groupe dont nous étions. Et soudain alors que la plupart des randonneurs du peloton de tête était affalés sous un soleil voilé, dans état proche de la sieste, elle est arrivée triomphante, avec dans ses pas les naufragés du chemin. De qui s’agissait-il ? De Geneviève bien sur, la natte au vent, caparaçonnée d’un sac-à-dos chargé de son siège pliant légendaire et du célèbre parapluie ayant subit mille tempêtes. L’ovation fut à la hauteur du sauvetage, en fait le deuxième exploit de la journée. Car elle seule disposait d’une carte et d’un sens de l’orientation suffisant, d’une part pour retrouver à midi le groupe en plein bois alors qu’elle avait raté son train, d’autre part pour le secourir l‘après-midi venu.

Inoxydable et infatigable, Marnia profita de quelques dénivelés pour se défouler en courant dans les descentes, Anaïs était passé en pilotage automatique et je luttais comme beaucoup d’autres contre une mollesse tenace. A ce moment de la randonnée, c‘est-à-dire les quatre derniers kilomètres, les questions viennent généralement assaillir le guide, dont l’incontournable : « Combien on a fait et combien il nous reste ? » Et c’est là que l’on reconnaît tout le talent, l’habilité, l’expérience, la psychologie d’un bon guide comme Christian. Alors qu’il nous avait vendu l’affaire pour 18 km, en moins d’une heure il passa de 19 à 20 pour finir à 21 km à la gare de Dourdan ! Le fameux bonus Sport et Nature. La Rando Vins et Fromages avait une fois encore tenu toutes ses promesses de convivialité imbibée et bouche pâteuse en honorant les richesses de nos terroirs vinicoles et nos trésors fromagers. Hips

Téléchargez la trace de cette randonnée :

https://www.visugpx.com/m9S4442JEH

 

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