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Randonnée urbaine à la découverte du Croult

Nous étions une trentaine de marcheurs en ce mois de juin 2023 à nous réunir à la Gare RER de Villiers le Bel à l’invitation du Voyage Métropolitain. La canicule persistance des derniers jours ayant « refroidi » de nombreux inscrits ! De nouveau cette association nous proposait de partir en exploration d’un territoire francilien, de ses réalisations et les problèmes récurrent à notre région ou s’affrontent depuis des décennies : la nature et l’urbanisation. D’un côté les terres agricoles nourricières de Paris (ou ce qu’il en reste) , de l’autre l’habitat , les voies d’accès et les grandes surfaces. Le pot de terre contre le saut de béton. Triste fable. Si le rapport de force reste disproportionné, il faut cependant se réjouir que la lutte pour la protection de l’environnent marque désormais des points. Les initiatives locales se multiplient .

Un parcours de 16 km entre Villiers Le Bel et Louvres, de gare à gare

Téléchargez la trace de cette randonnée périurbaine au format .gpx ICI

Comme de coutume, Jens, notre organisateur , étala ses cartes IGN et sa bibliographie sur le trottoir de la gare. La zone concernée courrait sur les départements de la Seine-Saint-Denis et du Val d’Oise. Les regards se fixèrent sur un petit court d’eau anodin : le Croult . Il illustre à lui seul toute la maltraitance infligée à notre hydrologie depuis des siècles sous la poussée de l’industrie ou de cette urbanisation cannibale.

Présentation du parcours sur les cartes IGN au 1:25.000e
Un ouvrage de référence pour approfondir le sujet.

Combien de ces rivières composantes oubliées du bassin versant de la Seine ont ainsi été prises pour des égouts, canalisées dans le ciment, polluées au point d’en devenir insalubres et d’être recouvertes ? Il a fallut attendre bien années pour comprendre enfin que ce foisonnement de rus constituait une formidable richesse naturelle à exploiter, à faire renaître . Une de ces missions fut confiée au SIAH du Croult et du Petit Rosne (Syndicat Intercommunal d’aménagement Hydrologique) , sous la direction d’Eric Chanal.

Le Croult artificialisé. (en bas : Eric Chanal directeur du SIAH)
Le Croult a retrouvé sa beauté d’antan et abrite désormais des écosystèmes complexes

Durant une dizaine de kilomètres, cet ingénieur va guider notre groupe, à forte composante d’architectes ce jour-là, sur les rives du Croult afin de nous exposer les aménagements réalisés. Après avoir traversé Arnouville et Gonesse en traversant une zone pavillonnaire, nous découvrons le sujet de notre venue. Le Croult n’est ici qu’un ruisseau emprisonné dans son étau de béton, Eric Chanal nous livre les premières explications. Derrière son air sage, le débit du Croult gonflé par les pluies pouvait atteindre 10 m3/sec, il débordait alors et inondait une bonne partie de cette banlieue. Depuis des bassins « écrêteurs » viennent régulariser les sauts d’humeur de tous ces cours artificialisés, le temps est venu de rendre l’eau de nouveau visible. Le long de cette balade le groupe va ainsi découvrir l’énorme effort déployé depuis dix ans ans par la SIAH pour redonner au Croult, long de 25 km, son costume de verdure sur seulement 800 m pour une dépense de 3 millions d’euros ! Cette renaissance s’inscrit dans un programme plus vaste comme le précise Eric Chanal : « Nous avons dix projets en cours notamment au Vignois vers la confluence du Petit Rosne dont la traversée de Gonesse. » . Car sans médiatisation et depuis vingt ans, l’aménagement des fonds de vallée ne cesse de progresser.

La rivière fait de nouveau le bonheur des pêcheurs et des promeneurs
Ici une zone humide de fond de vallée côtoie désormais les grandes surfaces

Des espaces végétalisés ont transformé le décor, des écosystèmes s’y développent avec la sédentarisation de certaines espèces d’oiseaux en pleine zone urbaine, juste aux pieds d’un Leroy Merlin ! Le défi est colossal, en terme d’investissement bien sûr , mais aussi pour faire évaluer les mentalités et s’affranchir de certaines craintes comme une prolifération de moustiques due aux zones humides. En arrivant au bel étang du Thillay, les marcheurs du Voyage Métropolitain commencent alors à cerner les résultats de ces actions, de cette volonté voire de cet entêtement à sauver les moindres mètres carrés de nature encastrés dans le milieu urbain . Les pistes cyclables et des sentiers de promenades témoignent de cette volonté d’ouvrir ces nouveaux espaces au public. En parallèle à ces réalisations, et d’ailleurs c’est une généralité, des fouilles préventives ont lieu sur chaque chantier. Melaine Lefeuvre, conservateur au Musée Archéa de Louvres interviendra régulièrement durant cette randonnée.

Lé région au XIXe .
Melaine Lefeuvre évoque les restes recueillis dans le tumulus découvert

« Sous le béton l’histoire millénaire affleure parfois , il suffit parfois de creuser et découvrir par chance ou par hasard des vestiges d’une grande richesse » raconte-t-il en nous faisant visiter les fouilles du château d’Orville illustrées d’une étonnante reconstitution 3D ou évoquant la découverte en 2017 d’un village gaulois et d’un tumulus gigantesque datant de l’Age de Bronze. Que découvriront les archéologues dans les prochains siècles lorsqu’il creuseront le sol du Parc de la Patte d’Oie à proximité ? La question est sournoise car cet espace vert vallonné cache en effet des tonnes d’ordures enfouies et recouvertes d’un manteau protecteur qui les rend invisibles ! Le conservateur nous conviera en fin de parcours à venir admirer ces trésors au Musée et clore cette balade autour d’une collation.

Ce que fut le château d’Orville
Comment enfouir durablement les ordures et faire de la Patte d’Oie un parc verdoyant !
Vieux Goussainville, village fantôme

Entre temps les participants purent se ravitailler en eau dans une salle commune du Vieux Goussainville et surtout écouter le récit de Philippe Vieillard, l’épopée d’un combat impossible, inégal , Don Quichotien contre l’aéroport de Roissy. En 1973, au moment de la construction de l’aéroport, ADP propose aux habitants de racheter leurs maisons, à des prix plutôt attractifs. Une grande partie du village part, le centre ville de Goussainville se déplace et le village devient le vieux Goussainville, mais sur les 1000 habitants, 350 décident de rester. S’en suivront des luttes juridiques à rebondissements. Il ne reste aujourd’hui qu’un « village fantôme » dont les maisons souvent murées tombent en ruine et le goût d’un immense gâchis dans la mémoire de Philippe Vieillard.

Fin de rando au splendide musée Archea de Louvres pour la trentaine de participants

Le temps d’une journée éprouvante mais passionnante, le Voyage Métropolitain nous a encore immergé dans le passé parfois douloureux de cette région aux deux aéroports, à l’urbanisation plus ou moins maîtrisée mais également fait mesurer sa réelle détermination à remettre en valeur son patrimoine naturel trop longtemps martyrisé.

Richard Kirsch

Débriefing habituel chez le Voyage Métropolitain lors d’une dégustation de bières artisanales dans le centre de Louvres

D’autres ressources

– le livre sur le Croult et le Petit Rosne

En 2017, le SIAH a publié l’ouvrage Croult et Petit Rosne – empreintes et renaissance de deux rivières du Val d’Oise que vous pouvez commander gratuitement auprès du SIAH en écrivant à monlivre@siah-croult.org. Le site du SIAH est aussi très riche en informations. 

Sur le site du Musée Archéa, vous trouvez beaucoup de ressources, d’informations et de visites sur le territoire – également sur le site archéologique d’Orville.

– le Vieux Goussainville . Pour continuer la visite avec Philippe Vieillard et en apprendre davantage sur l’aventure de la défense et du sauvetage du village, vous pouvez l’écouter sur FranceInter, le suivre dans un article de Libération datant de 1995 ou encore le lire dans celui du Temps, datant de 2016.

Le Vieux Goussainville a également été un des sites du concours Europan. Cet article très complet de la revue surmesure raconte le projet de l’équipe lauréate, qui est aussi à l’origine de la curieuse sculpture que nous avons croisé à la sortie du village.  

– références et liens

– l’Espace naturel du Vignois : https://www.arb-idf.fr/article/zone-dexpansion-des-crues-et-biodiversite-urbaine/ 

– un article du le tumulus du Parc de la Patte d’Oie : https://hal.science/hal-01485844/document

– la préhistoire et l’antiquité à Gonesse : https://www.ville-gonesse.fr/content/pr%C3%A9histoire-et-antiquit%C3%A9-%C3%A0-gonesse 

– le projet du Parc des trois Vallées de l’Institut Paris Region

– la ferme – brasserie d’Orville : https://brasseriedorville.com/

– petite bibliographie des cours d’eau

– L’histoire d’un ruisseau, Elisée Reclus (en ligne sur gallica.fr).

– Les veines de la terre – une anthologie des bassins versants, Marin Schaffner, Mathias Rollot, François Guerroué

– H2O – les eaux de l’oubli, Ivan Illich

– Histoires d’eau en Val de France, Catherine Roth, 2010, à télécharger ici (Val de France étant l’ancienne communauté d’agglomération incluant Arnouville)

COLINA : « la randonnée itinérante pour dépasser les troubles psy»

L’association Colina organise des séjours rando sur plusieurs jours adaptés aux personnes fragilisées sous forme de binômes. Des résultats prometteurs qui pourraient être insérés dans les parcours de soin.

Les bienfaits de la marche sur notre santé ne sont plus à démontrer. La discipline agit en douceur sur notre métabolisme, renforce nos capacités cardiaques, circulatoires ou encore musculaires. Au-delà de ces bienfaits, elle jouerait plus encore sur notre état mental. L’effort mesuré dans un environnement naturel, comme les forêts ou le bord de mer, favorise un relâchement psychique bénéfique et nous pousse souvent à dépasser des limites que l’on ignorait. Laurence Reckford, fait partie de celles et ceux qui se lancer un jour sur un chemin de Compostelle, un voyage où elle put mesurer au quotidien les changements bénéfiques procurés par cette aventure itinérante.

Après un chemin de Compostelle révélateur, Laurence Reckford décline aujourd’hui cette expérience bénéfique en faveur des personnes atteintes de troubles psy.

Au fil des jours, elle est revenue à l’essentiel : avancer, prendre soin d’elle, profiter de chaque journée et partager douleurs et bonheurs lors de rencontres spontanées, même éphémères. Coach de formation, formatrice en premiers secours en santé mentale, Laurence a souhaité que ces bénéfices soient mis au service de jeunes adultes en rétablissement de troubles comme la dépression, la bipolarité ou la schizophrénie. Il ne s’agit pas de guérir mais contribuer par cette expérience au rétablissement pour avancer dans sa vie. En 2020, elle part ainsi à titre expérimental et amical, en randonnée durant une semaine avec des jeunes atteints de problèmes psychiques et leurs parents : tous prennent conscience de leur capacité dans l’effort, développent la communication au sein du groupe, s’investissent et montrent une réelle reprise de confiance en eux dans un environnement tout à fait nouveau.

Accompagnés d’une personne de confiance, ils retrouvent confiance en eux au fil des jours et partagent une aventure
Sortir du cadre quotidien, dépasser l’horizon et ses limites . Colina organise désormais 5 à 7 voyages par an à leur attention

Ces résultats ponctuels satisfaisants durant ce séjour la poussent à renouveler cette expérience. Les années suivantes, elle propose le projet à une association de proches. Une fois encore cette initiative est couronnée de succès. Laurence Reckford décide cette fois de monter une structure dédiée sous la forme d’une association : Colina. Les trois syllabes de ce nom en résument le caractère : Co comme corps , Li comme lien social et Na comme nature.

Une structure originale, des objectifs ambitieux et réalistes

L’organisation d’un séjour itinérant de randonnée avec des personnes mentalement plus vulnérables, à la condition physique incertaine demande une préparation plus rigoureuse. Au-delà de l’aspect logistique, il s’agit de « déminer le terrain », notamment en levant les appréhensions lors d’un briefing en exposant clairement le projet non seulement aux intéressés mais aussi à leur proche accompagnant. Car le concept de Colina passe par la formation d’un tel binôme. Un ami proche ou un membre de la famille, joue ici un rôle primordial par sa connaissance du marcheur et sa présence rassurante. Ce binôme va donc partager durant une semaine en moyenne une expérience souvent inédite au jour le jour, franchir ainsi des étapes et les libérer des préjugés. La victoire quotidienne sur la fatigue, la répétition de l’effort, la solidarité constante du groupe va leur redonner de l’énergie, une réelle confiance en eux et les aider ainsi au retour dans leur vie de tous les jours. Deux accompagnants de l’association assurent ici l’encadrement. Un débriefing systématique a lieu après chaque voyage et se complète par la rédaction d’un formulaire individuel d’évaluation. Après les marches, des projets d’accompagnement personnel seront proposés.

Colina programme 5 marches en 2023 sur toute la France, 7 l’an prochain, et s’adresse aux personnes de 18 -35 ans atteintes de ces pathologies, une tranche d’âge ciblée pour attirer les jeunes adultes. Avec ces résultats positifs, Laurence Reckford et son équipe développent sa communication auprès des intermédiaires de santé ou d’insertion, cherchent à assurer le financement de l’association et pourquoi pas collaborer au parcours de soin global de certains hôpitaux ou de spécialistes indépendants en psychiatrie.

Richard Kirsch

Contact : contact@colina-asso.org

site : https://colina-asso.org/

Vexin, céréales killer ou paradis de randonneur !?

Quel randonneur parigot ne connaît pas le Parc Naturel Régional du Vexin Français ? Nous l’avons tous parcouru et les itinéraires de rando ont poussé sur le web comme … comme quoi ? Les céréales bien sûr !! A regarder de haut la répartition des sols du PNR, s’étalant sur 80.000ha aucun doute ne subsiste, le randonneur va évoluer souvent dans l’immensité d’un véritable grenier à ciel ouvert entre la fin du printemps et de l’été .

Lorsque le sentier se perd à l’horizon entre les champs de céréales

Attention ! Avec le réchauffement climatique la date des moissons varie d’une année à l’autre. Quitte à parcourir ces champs qui se perdent à l’horizon autant le faire à la belle saison. Pour avoir pratiquer le terrain en hiver, je vous garantis que la brise glaciale qu’aucun obstacle n’arrête, a de quoi briser le moral des plus endurcis . A titre de comparaison et pour les initiés, on se croirait dans la Meseta du Camino Francès sur la Via de la Plata ! (toutes proportions gardées). Certes tous les marcheurs n’apprécieront pas ces lignes droites infinies tracées dans ces plaines nourricières même en été notamment lorsque la température commence à grimper l’après-midi et que se profilent deux kilomètres de traversée totalement à découvert. C’est l’instant où le randonneur fait le point sur sa réserve d’eau (le premier cimetière est encore loin ! ) enfonce son bob et serre les dents en guettant l’orée d’un bois ou le prochain village qui lui apportera un peu de fraîcheur.

C’est le prix parfois à payer pour varier son décor en sortant de sa zone de confort. Et puis, chacune de nos régions n’a-t-elle pas son purgatoire pour randonneur ? Les champs de betteraves dans le Gatinais ou les plantations de maïs dans le Gers ont de quoi nous interpeler sur les bienfaits de la rando en milieu rural ! Afin de vous rendre le sourire, le Vexin en été nous révélera toute sa beauté au petit matin lorsque le vent joue avec les épis et que le soleil projette votre silhouette sur le sentier. Instants magiques de cette grande solitude propice à la réflexion silencieuse voire l’introspection ou encore l’essai de la Marche Afghane et ses bienfaits de la suroxygénation.

Un beau patchwork de plaines agraires et de bosquets

Une fois ces petits déserts franchis, on savoure l’ombrage des vallées où ruissellent de petits cours d’eau blottis dans la verdure qui éclate au printemps . Alors si vous avez survécu aux kilomètres de céréales , le Vexin récompensera vos efforts en vous offrant une ribambelle de petits villages, de lavoirs et de corps de ferme splendides, témoins de l’intense passé agricole de la région. Le PNR traverse ainsi l’histoire, du néolithique avec ses tombes , ses vestiges romains comme la Chaussée de César jusqu’aux coups de gueule actuels placardés dans les ruelles dénonçant la construction d’un méthanisateur !

Une boucle de 27 km au départ de la gare de Santeuil tracée par Joséphine pour Randif

Téléchargez la trace de cette randonnée au format .gpx ICI

Il ne vous reste plus qu’à tracer votre propre randonnée au gré de vos centres d’intérêt et surtout votre envie à traverser ces hectares de céréales ondulant , de traverser ses villages , bref de goûter ce savoureux cocktail de ..cultures alimentaires et de l’esprit !

Texte et photos Richard Kirsch

Jean Dujardin dans ‘Les Chemins Noirs’ : un voyage introspectif

L’incarnation d’un miraculé et sa résurrection n’est pas à la portée de n’importe quel réalisateur de film ni de l’acteur élu. En portant à l’image le roman autobiographique de Sylvain Tesson « Sur les Chemins Noirs » , Denis Imberg a relevé le défi et ça marche plutôt bien côté Box Office. Jean Dujardin , alias Pierre, nous emmène sur une diagonale de 1300 km dans sa thérapie réparatrice après une chute idiote du haut du balcon d’un hôtel lors d’une soirée alcoolisée. Pour le randonneur au long court que je suis c’est bien sûr l’occasion de poser un regard critique sur un film décalé et se rapporter à ses propres références. Et pour le spectateur néophyte en terme de marche d’ouvrir grand ses mirettes et d’applaudir la performance.

Marcher 1300 km en parfaite santé est déjà difficile mais s’y lancer d’un jet sans progression relatée en post convalescence me semble plus discutable. Soit. La véracité du film n’en souffre pas trop et nous suivons Dujardin en baver un max dès les premiers kilomètres, une situation tout à fait normale, sachant qu’il faut souvent une bonne semaine pour que notre constitution de citadin absorbe le choc. Nous découvrons donc Pierre, randonneur plutôt chic avec chemise blanche, petit gilet , pantalon neuf de baroudeur avec poches, matos Millet impeccable. Je conseillerais toutefois à Dujardin (et à la scripte) d’ôter les bouchons de protection de ses bâtons pour une meilleure accroche ! Notre marcheur a choisi majoritairement l’option bivouac et je salue son courage tout en restant perplexe sur les nombreux de feux de bois dans des endroits extrêmement secs et la cuisson de quelques aliments dans le style Kho Lanta. Passés ces détails logistiques sans importance, Dujardin est parfaitement crédible et touchant lorsque l’on le voit marcher notamment dans des pierriers d’enfer. Côté situation et orientation, Il semble donc évoluer sur des chemins peu ou pas balisés, dans une relative improvisation, sans aucune app de rando numérique, avec la seule aide d’un paquet de carte IGN. Du lourd sur une telle distance ! On le voit d’ailleurs recevoir et renvoyer des lots de cartes. Pierre trace ainsi sa route à travers champs, droit dans le pentu et n’hésite pas à franchir les clôtures et les barbelés. Pourquoi pas . Le scénario relate plutôt bien l’état d’esprit du bouquin et de son auteur, en laissant une large part à la réflexion en voix off sur le monde et la société actuels. Le tout sur un ton parfaitement désabusé. Si les paysages sont magnifiques, à part une baignade joyeuse, je n’ai jamais hélas ressenti de vrais moments jubilatoires chez Pierre dans ces environnement fabuleux. Denis Imberg a choisi de nous montrer un type cassé , en reconstruction qui se traîne une histoire d’amour mal en point et la blessure profonde laissée par la disparition de sa mère. Les grandes randonnées et la fatigue accumulée exacerbent ces émotions comme il m’est arrivé d’en ressentir bien des fois. Tout ressurgit et l’on pleure parfois sur ses pages tournées dans la douleur. Pierre découvre la France et sa ruralité exotique, arrive donc au terme de son voyage réalisé souvent seul (à part quelques jours avec un ami et sa sœur) dans ce corps meurtri qu’il a poussé au delà des limites du raisonnable, avec une trousse de médocs anti-tout plutôt chargée. Mais personne ne s’y trompe, il est guéri de sa chute, mais son âme reste toujours cabossée . Tesson a vécu et vit ainsi . Hier, aujourd’hui, seul le mouvement lui prouve que c’est sa seule façon d’être vivant. Un point commun que nous autres marcheurs lambda partageons avec l’auteur, un écrivain très prolifique devenu comme Dujardin très bankable.

Rando 100% impro dans le chaos parigot

Pas l’ombre d’un doute, la vie du retraité actuel n’est pas une sinécure. Le senior souvent éjecté ou retiré devenu randonneur se frotte lui aussi au spectacle affligeant des montagnes d’ordures et plus encore aux problèmes de transports publics dus aux fins de grèves relatives à la reforme. Réforme de quoi ?

Paris ville-lumière, paradis des amoureux, son accueil, sa culture ..et blablabla. On en oublierait presque qu’il y a une manif différente par jour… toute l’année !

Des retraites ! Ajoutons à cette double peine , la foule de travaux sur les réseaux SNCF et RATP ainsi que les bouclages de quartiers dus aux diverses courses à pied et les quelques défilés protestataires dominicaux habituels . C’est ainsi que dimanche dernier, 8h00, je me suis retrouvé planté à un l’arrêt de la gare Saint-Lazare ligne 26 , un bus dont le premier départ a été reprogrammé à 14h30 ! Toute idée de rejoindre la gare du Nord, rejoindre un groupe et partir vers Provins dans le délai requis fut une totale utopie. J’y renonçais pour improviser une journée de balade en solo dans la capitale encore endormie, au silence rompu par intermittence par le ballet des balayeuses effaçant les traces de la manif de la veille.

Les Tuileries désertées un jour off . C’est si bon d’y cheminer très tôt le matin
l’Arbre aux Voyelles, un bronze signé Giuseppe Penome, de 1999 , inspiration tempête

La place de l’Opéra a récupéré des outrages des Black blocks, des panneaux d’agglo protégent encore les distributeurs de billets et rappellent toute la brutalité de la contestation. L’Opéra Garnier blindé de sa cotte de mailles d’échafaudage avait résisté . A un an des J.O de 2024 Paris se refait aussi une beauté et je ne compte plus le nombre de chantiers en cours tout au long de mon parcours improvisé. L’ Arche de triomphe du Carrousel a disparu du décor, planqué derrière des palissades agrémentées du récit historique de l’édifice , les jardins des Tuileries montrent des trous béants et la place de la Concorde n’est guère en meilleure forme. Je décide de rejoindre la Seine et la suivre le plus loin possible pour atteindre le Bois de Boulogne.

Le Pont de Grenelle, villégiature de quelques privilégiés qui ont le bonheur de vivre au fil de l’eau en plein cœur de Paris
Un ouvrage signé Eiffel, super star prisée par les photographes de mode ou ceux des jeunes mariés nippons.

Un vent de Nord Ouest balaie le quai sous un ciel menaçant, sans décourager les joggers et touristes matinaux. Car à 9h00 , Paris s’éveille. Les vendeurs de Tour Eiffel arrivent un à un et commencent à étaler leur carré de tissu sur le trottoir pour présenter leur stock de ferrailles « made In China ou Bengladesh » . Gustave n’ en demandait pas tant. Une poignée à chaque coin permet de replier le tout en deux secondes si les flics débarquent, voir de les balancer dans le fleuve ! Les ponts défilent au dessus de moi, j’entraverse d’autres. Les bateaux-mouches sont prêts à recevoir nos hôtes américains, japonais, coréens. Les Russes manquent à l’appel . Ah bon ? Je traverse la Seine par le Pont de Garibaldi, face à la Maison de la Radio et m’enfonce dans le XVIe vers la Porte d’Auteuil. La statue de la Liberté modèle réduit me tourne le dos et continue d’éclairer le paysage plombé par un ciel gris. 10h00 changement de standing, les familles chics baladent leurs blondinets en trottinette ou en poussette, les boulangeries me font de l’œil sans résultat jusqu’à l’hippodrome . Je résiste à la gourmandise bien décidé à rejoindre la cabane du bois à la porte de Boulogne pour prendre un café. Il existe un petite dizaine de ces kiosques qui font le bonheur des promeneurs et de ces dames à toutous, toutes des habituées qui viennent tailler la bavette à la buvette.

Les berges de la Seine aux abords du camping du Bois de Boulogne. De belles péniches ripolinées et parfois une épave de bateliers moins chanceux.

Plus loin, des grappes de cyclistes se tirent une bourre infernale dans la descente qui borde l’hippodrome de Longchamp. Il n’est pas rare qu’une ambulance des pompiers en ramasse lorsque ça tourne mal ou que ca frotte un peu trop dans les virages. Courageux ou inconscients, quelques VTT et vélos électriques se mêlent à la masse des routiers, un peloton qui s’étire jusqu’au moulin de Bagatelle. Le printemps est là et les tribunes de l’hippodrome vont bientôt résonner des clameurs des parieurs. En juillet prochain, la pelouse centrale recevra , les Solidays, cet immense festival. Je contourne l’endroit par la gauche et redescend vers la Seine emprunter le sentier qui serpente entre la Seine et le camping du Bois de Boulogne, le seul et unique à Paris. Chaque année, j’observe les métamorphoses successives : installation de tentes familiales, roulottes et aujourd’hui construction de petits chalets avec terrasse et large baie vitrée. Le grand confort en dur côtoie désormais celui des classiques camping-cars venus de toute l’Europe.

Les grands fauves d’Afrique squattent les bois parisiens. Effet précoce du changement climatique. Allez aux bouleaux, cette allée est superbe !

Les tentes des routards s’intercalent comme elles peuvent dans les parcelles. Passage au barrage de Suresnes, au loin les cormorans font une sieste sur les câbles d’acier. Le Yacht Club de Boulogne tiré à quatre épingles attend ses marins d’eau douce pour une première sortie de fin d’hiver. Cet ex chemin de halage ombragé mène aux terrains de sport de Bagatelle et au pont de Puteaux. Joueurs pakistanais de cricket, kites, club footeux et rugby, se partagent l’espace. Les plaisanciers bateliers jardinent sur les pontons, réparent, repeignent. J’arrive à l’île de Puteaux. Elle est devenue un lieu totalement dédié aux loisirs avec jadis une piscine, tennis et restaurant (La ville de Neuilly est juste en face !). On y trouve un magnifique club d’aviron et les rameurs investissent chaque w.e les bras de la Seine lorsque le trafic fluvial est l’arrêt , hiver comme été. Je retraverse la Seine, cette fois au pont de Neuilly qui prolonge le centre d’affaires de la Défense, mon prochain point de passage pour rejoindre Bois-Colombes. Les trains de banlieue et les bagnoles venant de l’A14 ou A86 déboulent du tunnel qui émerge de la dalle géante surplombée de sa montagne de béton et de verre.

58 ponts utilisés par des voies parisiennes en dehors de ceux au-dessus de la Seine ; 10 ponts utilisés par la RATP ; 33 ponts utilisés par la SNCF 
Randonneur et mateur ! je ne me lasse pas de regarder les dentelles d’acier sous les jupes des ponts de la capitale.

Là aussi , travaux à tous les étages, l’Esplanade va se transformer en un parc urbain de 5 ha, un lifting signé de l’architecte-paysagiste Michel Desvignes. Cocktail du minéral, du végétal, entre travail et détente, le défi est à la mesure de cette fourmilière du business. Bientôt 21 km au podomètre, les jambes deviennent lourdes, je coupe à travers le CNIT. Le berlingot de ciment fut longtemps le site des expositions parisiennes . J’y allais avec mes parents lors du rendez-vous des Arts Ménagers et bien années plus tard pour le Salon Nautique. Imaginez les encombrements de camions pour faire monter des voiliers de 20 m, des centaines de bateaux sur la dalle ! Aujourd’hui le monstre s’est évidé en détruisant ses étages intérieurs, s’est gonflé d’appendices latéraux. Sa façade sud est devenue le plus grand panneau d’affichage de la capitale. Des équipes d’alpinistes viennent y coller une mosaïque de dizaines de stickers formant des pubs géantes du dernier smartphone en vogue. Je fais une dernière rotation sur 360° histoire de boucler la séquence nostalgie et prend la sortie nord vers Courbevoie et la Garenne-Colombes. Le tram T2 déroule devant mois son tapis vert jusqu’à Bezon, il me reste encore une demi-heure de marche jusqu’à la casa.

Si la ville n’est pas très grande (10 km X 10) les parcours de balade peuvent se rallonger et vite s’intensifier . Cette rando 100% impro s’étend sur 24 km dans cette boucle de la Seine. Vrai avantage ou piège, le nombre de bistrots et pâtisseries !

14h00 , 24 km plus loin, l’asphalte m’a surchauffé les pétons, le thé est encore chaud dans le Thermos. C’est bon de rentrer tôt et comater sur le canapé sous les rayons du soleil. Finalement les grèves c’est plutôt bien pour favoriser les randos porte à porte non ? !

Randonnée de 20 km autour de la forêt d’Hautil

Le bassin géologique parisien rend la vie plus belle aux randonneurs endurants d’Ile-de France en leur offrant parfois de superbes panoramas. Cette randonnée de 20 km va vous emmener dans la forêt d’Hautil (1250ha) une butte délimitée par les versants abrupts de la vallée de la Seine au sud et celle de l’Oise à l’Est. Votre parcours peut débuter à la gare de Vernouilllet-Verneuil (ligne de Mantes-la-Jolie) .

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Un beau parcours de 20 km blotti entre les bras de la Seine et de l’Oise

Vous traversez la Seine et la petite ville de Triel en longeant l’Eglise St Martin datant du XIIe et XIIIe siècle puis en route pour une longue montée vers la forêt. L’itinéraire passe à proximité de Chanteloup-les-Vignes dont le nom nous ramène dans un passé glorieux, une époque où les fameux vins de Triel ravissaient le palais des seigneurs de la Cour. Ce règne viticole dura près de mille ans et s’interrompit hélas avec l’arrivée du chemin de fer qui fit connaître partout en France les crus du Languedoc …beaucoup moins alcoolisés !

De beaux dénivelés

cette butte offre de beaux panoramas sur ses deux versants.

Cette région allait toutefois renaître au XVIIe siècle avec une autre richesse due à une couche géologique providentielle : le gypse . Ce minéral servait en effet à faire du plâtre. Des centaines de carrières souterraines furent ainsi creusées pour l’extraire. Le sentier de votre randonnée passe donc par un véritable gruyère invisible, extrêmement dangereux mais bien signalé .

Anciennes carrières de gypse en sous-sol et exploitations maraîchères en surface .

De nombreux panneaux d’interdiction d’accès mettent en garde les promeneurs et d’immenses trous, les fontis, témoignent des effondrements anciens.

L’église de Verneuil/Seine et l’arrivée sur les bords de l’Oise à Neuville.

Pas d’inquiétude, la forêt d’Hautil est un lieu magique pour la balade et comporte de multiples aires de pique-niques. Le point le plus haut est à 184 m (le sommet d’Ile de France est dans le Vexin avec 294m ! ). Le plateau s’avère légèrement vallonné, le châtaigner est omniprésent avec le chêne et quelques pins. Arrivé à Jouy-le-Moutier, ne manquez pas d’admirer le panorama à 180 degrés sur les quartiers de Cergy avant de redescendre cette fois vers l’Oise, à Neuville pour reprendre un train vers Paris (le RER A) ou une correspondance à Houilles dont la ligne L mène à Paris St Lazare. Voilà donc une balade très agréable.. en altitude qui vous donnera encore une autre vision des boucles de la Seine, de son affluent l’Oise, deux cours d’eau qui connaissent de nouveau un fort trafic . Leurs rives désormais bien aménagées sur des kilomètres permettent la découverte de cette frontière entre Yvelines et Val d’Oise, à pied ou à vélo.

Itinéraire de randonnée : 24 km autour de la Drouette

Après plus d’une décennie à parcourir les sentiers d’Ile-de France, il m’arrive encore de découvrir avec bonheur des endroits plein de charme baignés des cours d’eau tout aussi inconnus. Nous sommes près de Gazeran à une cinquantaine de kilomètres de Chartres et Joséphine emmène en balade les marcheurs de Randif vers la Drouette, un affluent de l’Eure.

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Beau parcours de 24 km en suivant les petits cours d’eau
La Drouette, une petite rivière de 39 km , affluent de l’Eure.

Le département des Yvelines vient ici flirter avec celui d’Eure et Loir et tous les parigots se croient soudain en pleine campagne et à une autre époque, celle où les belles lavandières de Droué qui venaient laver leur linge sale entre voisines et dont les rires résonnent encore dans un univers rural. Entre temps les corps de ferme ont fait peau neuve , les berlines citadines remplacent désormais les tracteurs dans les cours. Des chevaux de trait au chômage ou en retraite paissent dans les calmes herbages cernés de clôtures électriques et bordés de panneaux « ne pas les nourrir « .

Simple bon sens. Cette boucle de 24 km se faufile le long des bosquets sur les chemins parfois creusés par les engins agricoles en repos dominical ce jour là. Les plaines betteravières ou de céréales ne vont pas tarder à révéler leur identités et repeindre le décor de leur feuillage tout neuf . Un soleil pâle hésite de longs moments à sortir des nuages puis soudain éclaire les pâturages. Un indicible air de printemps envahit l’atmosphère et les cœurs. Le vent est tombé et les randonneurs se dépouillent un à un de leurs oripeaux d’hiver au fil des lieues qui défilent. Passé 13h00, ils s’assoient sur les bords endigués de la Drouette pour engloutir un pique-nique mérité . (Ils sont partis de Montparnasse très tôt et les ventres crient famine).

La région est parcourue de nombreux rus. Des vannes entrouvertes laissent ici et là passer un maigre filet dans ces canaux trop souvent encombrés d’une végétation parasite. Il reste alors deux , trois heures de marche pour boucler ce bel itinéraire, la cadence augmente. Un peu trop, Joséphine freine les ardeurs, multiplie les pauses « techniques ». Les dernières tablettes chocolat circulent de main en main et les gourdes sont vides en retrouvant la gare de Gazeran tant l’air devient chaud. Retour à la casa… un peu vidé moi aussi !

Texte et photos Richard Kirsch trekkingzone.fr

Explorer Milly-la-Forêt : guide de randonnée

Dimanche matin , la pluie n’ a pas encore atteint l’Ile-de-France, elle traîne en route et envoie son tapis de nuages en messager pour prévenir le randonneur parigot d’en profiter . Les marcheurs du club Randif se sont donné rendez-vous dans les profondeurs du RER D à la gare de Lyon . Stoïques, traités inox et déterminés, sans broncher ils finissent de traverser l’hiver ponctué de ses trains de dépressions atlantiques et autres bourrasques glaciales venues du Nord. Ils se rendent cette fois dans le Parc Naturel Régional du Gâtinais, un parcours de 20 km concocté par Christine entre les gares de Maisse et Boutigny-sur-Essonne plantés sur cette ligne.

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Un parcours très boisé avec de beaux dénivelés au départ de Milly

Nous sommes aux abords de la forêt de Fontainebleau , un patchwork de vastes zones vertes diluées dans les plaines agricoles. Ratissés et semés récemment, les champs cachent encore le secret de leur culture. Gants, bonnets, les randonneurs quittent la gare de Maisse par la route et mettent le cap Nord’Est sous un ciel plombé sur le fameux GR1. Ils s’enfoncent dans les bosquets de jeunes chênes des premiers kilomètres. L’humus de feuilles mortes forme un tapis épais. La sécheresse n’ a pas permis de terminer le travail de décomposition habituelle.

Le château de Milly

Leur pas est souple et silencieux sur ce début de parcours plat et clément pour les muscles encore froids. L’objectif est d’atteindre Milly-la-Forêt avant l’heure du déjeuner, car il restera alors près de 13 km. La petite ville historique connaît peu d’animation en cette période de vacances scolaires. Soudain des chants percent ce silence, le groupe tente une visite de l’église médiévale Notre-Dame de l’Assomption en fin de messe dominicale. Discrets, ils y renoncent et ne s’attardent pas non plus devant la halle du marché en travaux de rénovation de toiture.

Les lavoirs rénovés sont légion en Ile-de-France et font le bonheur des randonneurs l’été

Seuls de beaux lavoirs attirent leur curiosité de photographe. Après quelques méandres de rues, les visiteurs un peu déçus rejoignent la forêt de Milly pour rejoindre le Cyclop. 22,50 mètres de haut et 350 tonnes d’acier, cette œuvre sculpturale monumentale luit au milieu de la nature éteinte . Réalisée par Jean Tinguely avec le concours de sa femme Niki de Saint Phalle et de leurs amis artistes (Bernhard Luginbühl, Rico Weber, Daniel Spoerri…), c’est une immense tête sans corps, étincelante de miroirs, avec un œil unique, une bouche d’où ruisselle de l’eau sur une langue toboggan, une oreille qui pèse une tonne. Le musée à ciel ouvert n’ouvre pas au public en hiver et les randonneurs admirent l’œuvre de loin, assis sur des troncs d’arbres pour prendre leur déjeuner sur le pouce .

Une randonnée sans grandes difficultés
Le Cyclop monumental de Milly . Les artistes en firent don à l’état en 1987

La seconde partie de cet itinéraire ne ressemble en rien au décor de la matinée. Le GRP des Vallées de l’Essonne prend de l’altitude et se met à serpenter à travers les pins. Le sol sablonneux a repris ses droits tout comme les blocs de grès ; ce qui ne fait pas l’affaire de certains ! Il faut cependant se hâter, « enfin peut être que oui, peut être pas trop » hésite Christine notre guide du jour dont le casse-tête du moment est de reprendre un train vers Paris à 40 de chaque heure à la gare de Boutigny et d’éviter ainsi de poireauter sur un quai. Ainsi va la gestion des groupes, entre orientation, nutrition et transportation dans un créneau horaire qui satisfasse le plus grand nombre ! Les jours ont considérablement rallongés en ce mois de mars teinté de gris . Fin de w.e , fin de vacances, le train du retour vers la capitale ne cesse de se remplir de banlieusards et randonneurs fatigués au fil des gares. Les premières gouttes tant attendues martèlent enfin l’asphalte, le ciel s’assombrit . Une journée de rando ordinaire s’achève. Dans quelques semaines, le printemps va exploser et repeindre la nature de vert tendre. Patience…!

Texte et photos Richard KirschTrekkingzone.fr

Découverte des Buttes de Parisis : randonnée urbaine de 24 km

Comment tracer une rando de 24 km tortueuse à souhait dans un mouchoir de poche avec plus de 1000 m de dénivelés cumulés, à proximité de Paris et ailleurs qu’à Fausses Reposes et Meudon-Clamart, lieux connus pour la fameuse Bossapas ? (32 km et 1200 m +)

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Belle performance d’avoir tracé ces 24 km sur un timbre poste !

Tel était le défi que s’était lancé Gérard, ex-président et guide de Randif. Tout l’art fut donc d’exploiter le terrain, en composant entre nature et urbain tout en maitrisant les transports en commun d’IDF pour y accéder et en revenir. Son choix se porta ainsi sur les Buttes de Parisis, à une dizaine de kilomètres.. face à la fenêtre de ma chambre à Bois-Colombes ! Depuis le temps que je regardais scintiller les lumières à l’horizon sur ce curieux plissement de terrain, j’ai eu enfin l’occasion de partager cette exploration avec un vingtaine de marcheurs de l’asso. Tout commence sous un soleil éclatant ce dimanche matin à la gare de La Frette-Montigny sur la ligne J SNCF menant à Mantes-La-Jolie. Une brise glaciale venue de Scandinavie balaie depuis deux jours la région et c’est par ce climat tonique que le groupe ..démarre à froid sur la première et longue montée de la journée.

Moulins, fortifications, vignes, cet espace désormais protégé offre de nombreuses balades très variées.

Gérard annonce la couleur, cette côte n’est qu’un aperçu de ce qui nous attend durant les 24 km au programme ! Nous voilà prévenus dans la partie ouest des Buttes de Parisis, un espace boisé de 650 ha blotti entre la vallée de la Seine et le domaine de Montmorency. Ce jeu de montagnes russes proposé se déroule sur les quatre buttes de Cormeilles, les Châtaigniers, Sannois et Orgemont, un itinéraire planté Nord-Ouest et Sud-Est. Reconnaissons qu’il faut une sacrée dose de cruauté pour martyriser les guiboles de marcheurs parigots par un climat polaire, sur ce terrain courant le long de l’autoroute A15 et qui serpente entre les zones pavillonnaires ! Mais ça serait parfaitement injuste car ce parcours se révéla d’une grande originalité notamment la vue sur offerte sur Paris à près de 170 m d’altitude est tout à fait surprenante.

Du haut de la Butte des Châtaigners, vue imprenable et ventilation garanties

Réunis sur la Butte des Châtaigniers, malgré les rafales de vent, nous restons tous scotchés devant ce panorama à 180 degrés d’où émergent les géants de la capitale : Tour Eiffel, quartier de la Défense, Sacré-Cœur et autres édifices que chacun s’amuse à identifier. Du haut de ces buttes, nous replongeons aussi dans l’histoire de cette région aux richesses si peu reconnues. Avant qu’elle devienne cette mégapole, ses plaines et ses coteaux furent jadis prisés pour la richesse de sa terre, sans doute l’une des plus fertiles de France. Maraichage, culture de la vigne, céréales..etc.. ses produits exceptionnels nourrissaient les parisiens et s’exportaient dans tout l’Hexagone.

Un bassin sédimentaire plein de ressources minérales
la Carrière de gypse « Lambert », jadis la plus importante d’Europe.

De part sa structure géologique, le bassin parisien offrait aussi une grande richesse minérale dont les carrières allaient contribuer aux constructions de cette ville . La Carrière de gypse « Lambert » à ciel ouvert fut ici la plus importante d’Europe avant d’être comblée progressivement. En se baladant ainsi de butte en butte, les marcheurs reviennent aussi dans les années 1870 en découvrant la ligne de défense érigée après le siège de Paris par les Prussiens dont le Fort de Cormeilles. Après un pique-nique rapide pris à l’abri sur la butte d’Orgemont (vu le climat ) et avoir contourner l’ouvrage pour la seconde fois de la journée ( eh fallait bien les tracer ces 24 km !) le guide conclut que le contrat était rempli et que le groupe méritait bien de rejoindre la gare de départ. Cette superbe randonnée de « proximité » a tenu toutes ses promesses et ouvert peut être des perspectives sur de futures aventures péri-urbaines passionnantes.

Texte et photos : Richard Kirsch (Trekkingzone.fr)

Les meilleurs itinéraires de randonnée en Forêt de Fontainebleau

Difficile pour un randonneur parisien de ne pas revenir sur ses traces un jour à l’autre dans la forêt de Fontainebleau. Surtout lorsqu’il s’agit de voyager de gare à gare . Pourtant les guides de RANDIF mettent du cœur à l’ouvrage sur Openrunner pour proposer les meilleures alternatives parmi les dizaines de sentiers qui quadrillent ce formidable terrain de jeu.

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Un large virage de 22km en pleine forêt qui emprunte le GR13 et le TMF

La dernière en date rassembla ce dimanche là plus de 40 marcheurs séduits par les 22 km proposés par Christine entre les gares d’Avon et Bourron-Marlotte. Afin de ne perdre personne en route et prendre en considération vertiges des uns et douleurs des autres, elle choisit de partager en deux cet énorme groupe et d’en confier une moitié à Michel sur un parcours moins accidenté . J’optais pour la version « on the rocks » afin de profiter des obstacles du superbe tronçon du sentier Delecourt-Colinet. Car il a fallut 300 millions d’années au bassin sédimentaire de ce massif pour chasser la mer et laisser place aux blocs rocheux sculptés par les courants et qui font désormais le bonheur des grimpeurs et celui des familles en quête d’aventure le dimanche. Notre parcours serpente ainsi dans cet univers à la fois minéral et végétal , un savant cocktail de pins de fougères, de hêtres, de bouleaux et de chênes.

Passages rocheux sur l’un des historiques sentiers Denecourt et Colinet. Beau jeu de piste pour suivre le balisage bleu caractéristique

Notre équipe des endurcis chemine ainsi sur plusieurs kilomètres en prenant soin de suivre le balisage bleu de bosse en bosse, de s’y faufiler , d’y ramper parfois . Chaque passage remarquable est marqué ici d’une lettre majuscule et les gosses révisent cet alphabet au rythme de leur progression. Les noms des sentiers gravés sur les plaques nous replongent dans le romantisme du XIXe siècle : Rocher des Demoiselles, carrefours des Soupirs, du Bonheur, des Regrets ou des Oublis. Comme il devait faire bon conter fleurette à une belle cavalière à l’écart d’une chasse à cours trop bruyante !! Denecourt et plus tard Colinet y songeaient sans doute en agrémentant leurs sentiers de fontaines ombragées et de bancs .

progression des deux groupes vers le viaduc de Changis

Ils ignoraient cependant que plus d’un million de visiteurs viendraient plus tard chaque année s’immerger dans cette nature, à pied ou à vélo. Aujourd’hui les discussions ont certes changé de sujet et les dénivelés n’entament en rien le souffle du randonneur sportif lancé dans le récit de ses nombreux exploits, ses lointains voyages, ses incontournables bobos ..ou ses sempiternels soucis de bureau ! Une fois les rochers passés , les deux groupes se rejoignent dans un clairière à l’heure sacrée du pique-nique. Tous s’éparpillent afin de trouver le confort ou le calme pour certains. La seconde partie de cette belle randonnée emprunte les longues allées rectilignes du GR13 notamment. En fait Fontainebleau, c’est la piste aux étoiles ! Celles où convergent ces sentes dont certaines accueillaient jadis les carioles ou carrosses de la bourgeoisie. Nombreuses et trompeuses, elles sèment souvent le doute chez le guide même le plus affûté..ou inattentif. Occasion rêvée pour Régis, futur pèlerin vers Compostelle de tester ses connaissances en orientation, carte IGN au 1:16.000e en main.

Cette randonnée débuta par la traversée du parc du château de Fontainebleau actuellement en rénovation

16h00, je regarde une dernière fois le tracé numérique violet s’afficher point par point sur l’App Iphigénie du smartphone, nous approchons de Bourron-Marlotte. Enfin la gare est là, l’enregistrement indique 22,8 km au compteur. Le podomètre de ma montre Protrek Casio confirme la distance. Chapeau du geek Christine pour la précision et merci pour cette belle journée ! Le printemps est imminent et l’affluence de randonneurs devrait encore grimper en Ile-de France. Rançon du succès pour cette association qui profite (ou subit ? ) l’engouement post-Covid pour cette activité et qui devra désormais doubler ou tripler les groupes afin de conserver convivialité et homogénéité. Le job de guide bénévole a plus que jamais de l’avenir. Et l’asso accueille toutes les vocations.

Richard Kirsch / Trekkingzone.fr

Revivez l’histoire des célèbres sentiers : https://trekkingzone.fr/2017/02/20/claude-francois-denecourt-le-pionnier-de-la-randonnee-pedestre-1788-1875/