Le journalisme mène à tout, à condition d'en sortir . C'est fait ! La randonnée occupe désormais mon temps entre des missions caritatives sur Paris. Et ce blog n'a pas d'autre but que de vous faire partager cette passion ou peut être découvrir d' autres sentiers, en France ou mes expériences vers Compostelle .
Bonne lecture et bonne route .
Contact : richard.kirsch92@gmail.com
2014-2019 Un cinquième chemin vers Compostelle, en quoi diffère-t-il de mes autres parcourus aussi en intégralité et pourquoi une telle addiction ? Tentatives d’explication.
Qualifié de multi-récidiviste, je reconnais les faits ! Ils remontent à 2014 lorsque je tombe dans l’addiction de l’itinérance un peu par hasard, après avoir lu le livre de Jean-Christophe Ruffin. Elle débute par un shoot initiatique : le Camino de Francès. Emprunté par 80 % des pèlerins, il offre en effet à un bon marcheur tous les services pratiques en terme de ravitaillement, hébergement ou transport pour satisfaire sa quête d’évasion, de réflexion sur soi et bien sûr de spiritualité. Personne n’y échappe, que l’on soit routard, bab, marathonien surentrainé, retraité en goguette, femme esseulée, cœur brisé ou endeuillé, famille chrétienne, marcheur contemplatif… chacun taille la route en se débarrassant du superflu et en dépassant souvent des limites mentales ou physiques insoupçonnées.
2017 – Le camino del Norte
J’enchaînais l’année suivante par le Camino Portugais, de Lisbonne au cap Finisterre. Ce chemin de 670 km fut réalisé en couple, un duo franco-germanique improbable issu d’un épisode romantique « hors contrat » (le mien !) né sur le Francès. N’en déplaise aux idéalistes du camino curatif, rédempteur, révélateur ou introspectif, ces longues randonnées propices à tant de rencontres spontanées sont loin d’être anodines. L’année 2016 fut ainsi celle de la débâcle marquée par de fortes turbulences, la rupture prévisible de l’épisode romantique et d’un divorce à la clef. Il a fallu que j’attende 2017 pour remettre un peu d’ordre dans ma vie et repartir cette fois sur le Camino del Norte. De l’initiatique au romantique, je passais au sportif de nouveau en solo, une balade de 900 km avec 13 000 m de dénivelé positif le long de la belle côte du nord de l’Espagne.
A l’occasion de mon 5 e chemin vers Compostelle ** ( Départ prévu 30 avril 2019 – Le Puy-en-Velay – St Jean Pied de Port -800 km ), j ‘ai revu quelques détails pour améliorer l’équipement et surtout tenter de rester sous le seuil des 9 kg (avec eau). Revue de paquetage .
Principaux changements
Packing : Je teste ici le nouveau sac à dos Kestrel Osprey de 48 litres et ses 3 pack cubes ultralégers en remplacement des classiques sacs plastiques de congélations zippés. Ceux -ci assez bruyant à manipuler et qui finissent par se déchirent après plusieurs semaine. La grande pochette Osprey à double-compartiment contient tous les vêtements, une autre de taille intermédiaire est destiné au kit nuit . Enfin la pochette small rassemble les divers accessoires du voyage . Côté papier, argent, lunettes, j’ai délaissé la sacoche Eastpack un peu lourde pour une ceinture ultra légère Décath. Même trousse à pharmacie (antalgiques, pansements, Compeed, antihistaminique, kit couture ampoule..)
Vêtements/chaussures : Deux T-shits Odloremplacent les vieux Décath. Une paire de chaussures trail Décath (12€ !) remplace les sandales . (moins aérées mais plus pratiques pour se balader le soir en ville ). Investissement dans une doudoune duvet de chez Cumulus (marque polonaise – 185 gr – 130€). Je reste fidèle aux chaussettes Monnet(Mérinos-synthétiques) qui assurent un bon compromis confort/rapidité de séchage). Malgré mes déboires sur le chemin d’Arles (pb de semelles après 800 km) , je repars avec les Respond GTX de Meindl, qui m’offrent le meilleur confort depuis trois ans. Chapeau large aéré synthétique qui remplace le grand bob coton.
Kit toilette/lessive : j’adopte un mini sac à dos Décathlon ultra léger. Il contient produits et serviette et s’accroche facilement dans la douche.
Hydratation : gourde métal Décath + adaptateur pipette La Source. Je préfère ce matériel à mettre à l’extérieur du sac, plus facile pour refaire le plein que ma poche à eau Platypus 1.5l habituelle (très pratique en rando à la journée)
Orientation/Communication: Nouvelle coque de protection pour l’Iphone (casse d’écran l’an dernier) , batterie supplémentaire 4400 mha, guide Miam Miam Dodo , App Iphigénie avec trace intégrale gpx Gr 65 + App Miam éventuellement. Montre podomètre Décath.
Mes divers chemins vers Compostelle :
2018 Chemin d’Arles (935 km Arles- Toulouse-Pau-Col du Somport-Punta La Reina) https://wp.me/p6NqC2-12Y
2017 Camino del Norte (800 km- Irun-Bilbabo-Santender -St Jacques -Muxia) https://wp.me/p6NqC2-F2
2015 Camino Portugais (700 km Lisbonne-Porto – St Jacques -Cap Finisterre) https://wp.me/p6NqC2-1n
2014 Camino de Francès (890 km St JPP – Roncevaux – Leon- Burgos -St Jacques) https://wp.me/p6NqC2-5V
Encore une idée de balade de gare à gare ? Après explorer le sud de la Seine et Marne, rendez-vous aux alentours de Coulommiers, à la gare de Marles-en-Brie pour une randonnée de 23 km qui vous conduira jusqu’à celle de Verneuil-l’Etang. Vous pouvez laisser les bâtons à la maison car le paysage a du mal à prendre de l’altitude dans cette région. A votre programme, de longues traversées de plaines agricoles et ici et là quelques jolis châteaux. Celui de Fontenay-Trévigny très abimé est en court de réhabilitation. D’autres comme le château du Vivier accueillent séminaires et autres évènements. Vous êtes dans le Val Briard, une région verdoyante qui subit elle aussi les assauts de l’urbanisation individuelle avec plus ou moins de bonheur. Vous traverserez de gros bourgs paisibles. N’espérez pas trop trouver un bar ouvert le We, prenez donc vos précautions côté ravitaillement. Ce parcours est agréable en toutes saisons même s’il comporte toutefois d’inévitables et nombreux passages sur route.
Avertissement – Eloignez les enfants de l’écran, cet article peut en effet causer des traumatismes irréversibles sur les jeunes sujets les plus sensibles ou les pousser sur un mauvais chemin. Ce qui, pour de futurs randonneurs, serait totalement néfaste.
Soyons clair, cette randonnée vins et fromages était clairement préméditée. On pourrait même ajouter qu’elle fait partie d’une tradition lointaine datant probablement de la création du club Sport et Nature. Ce n’est plus un secret, ce rendez-vous annuel est orchestré depuis longtemps par nos deux passionnés d’œnologie, Stéphanie et Christian. Notez au passage qu’ils occupent les deux postes les plus élevés de l’association : présidente et secrétaire. Les plus naïfs n’y verront qu’une simple coïncidence.
Lors de cette édition 2019, Christian avait choisi de nous embarquer dans la forêt de Dourdan, département de l’Essonne. Afin d‘attirer un maximum d’adhérents dans ce qu’il convient d’appeler un traquenard, il n’avait pas hésiter à limiter volontairement la distance à 18 km. Sachant que nos randonnées ne sont jamais inférieures à 20 km… Je vous laisse juger. Résultat : la participation battit presque un record avec 49 personnes dont de tout nouveaux candidats à l ‘adhésion venus tester le sérieux de Sport et Nature. Pour une première randonnée et vu l’image assez « spéciale » offerte par l’association, nous ne sommes pas certains de les revoir un jour !
A peine neuf kilomètres parcourus depuis la gare de Dourdan, nous arrivons dans une clairière au milieu de cette forêt. Alors que dans 98 % des cas nous pique-niquons à même le sol, deux tables nous attendaient comme par miracle, en pleine nature. Lorsque des adhérents, probablement complices, ont étalé des toiles en guise de nappes, j’ai soudain réalisé que l’on ne sortirait pas indemnes de ce déjeuner piège.
Marie-françoise et Carole sous perfusion.Christian, l’instigateur et meneur de cette rando Vins et Fromages Sport et Nature
En quelques minutes, le « plop » des nombreux bouchons extraits des goulots couvrit le chant des oiseaux. Les effluves de dizaines de fromages sortis de leur emballage provoquèrent la disparition immédiate de toutes espèces d’insectes dans un rayon de dix mètres. Puis les tables disparurent sous divers plateaux de ces produits laitiers, sous une forêt cette fois de bouteilles aux multiples couleurs dont les étiquettes aguichantes mentionnaient année et origine. Après cette pétarade de « plop », des vins se répandirent alors dans toutes sortes de verres allant du simple gobelet en plastique aux modèles incassables sur pied, en passant par ceux offerts par la FFRP lors de réunions de marcheurs, objets à la vocation ambiguë d’une fédération de loisirs apparemment sans vices. Différents couteaux sortirent des sacs afin de découper les victuailles : kits en plastique bon marché, combinés lame et cuillère inox, Opinel, armes de survie etc. Des pains de toute nature furent ainsi débités fébrilement et recouverts de fromages à l’appellation connue des seuls experts, à part le reblochon, le camembert et le gruyère, puis engloutis. Au fur à mesure que les verres se vidaient, des randonneurs – serveurs volontaires – les remettaient à niveau. Les adhérents les plus vulnérables, c‘est-à-dire les moins entrainés, criaient grâce sans conviction ou se resservaient eux-mêmes. Un nuage de vapeur éthylique semblait planer au-dessus des convives. Les conversations et les débats se firent de plus en vifs. J’écoutais d’une oreille distraite l’alternance de sujets confus allant du millième récit des Bronzés, de l’influence du Brexit, jusqu’aux divergences sur les gilets jaunes. Le vin déliait les langues, libérait des polaires les corps engoncés, les êtres se rapprochaient mêmes au point de se toucher ; l’atmosphère d’habitude si chaste devint carrément sensuelle. Il fallut bien deux heures pour venir à bout de tout, ou presque. Une file de randonneurs de l’Essonne passa rapidement, refusant de vider les derniers fonds en invoquant un impératif de timing bidon. Notre copine Anaïs s’en chargea !
Des restes de fromage allaient retourner dans les sacs à dos. Quant aux cadavres de verre, on en dénombra fièrement 18 ! Ils furent alignés au pied d’un chêne et chacun immortalisa la scène, histoire de dire : j’y étais. L’imposant groupe redémarra quand même, mais se disloqua rapidement sur plusieurs centaines de mètres sous l’effet combiné de la digestion et du mélange rouge-blanc-rosé à haut risque. Après le virage à angle droit d’un sentier non balisé, le téléphone de Christian sonna. Au bout du fil, Corinne, sa campagne l’informait qu’une vingtaine de marcheurs avaient perdu le groupe dont nous étions. Et soudain alors que la plupart des randonneurs du peloton de tête était affalés sous un soleil voilé, dans état proche de la sieste, elle est arrivée triomphante, avec dans ses pas les naufragés du chemin. De qui s’agissait-il ? De Geneviève bien sur, la natte au vent, caparaçonnée d’un sac-à-dos chargé de son siège pliant légendaire et du célèbre parapluie ayant subit mille tempêtes. L’ovation fut à la hauteur du sauvetage, en fait le deuxième exploit de la journée. Car elle seule disposait d’une carte et d’un sens de l’orientation suffisant, d’une part pour retrouver à midi le groupe en plein bois alors qu’elle avait raté son train, d’autre part pour le secourir l‘après-midi venu.
Inoxydable et infatigable, Marnia profita de quelques dénivelés pour se défouler en courant dans les descentes, Anaïs était passé en pilotage automatique et je luttais comme beaucoup d’autres contre une mollesse tenace. A ce moment de la randonnée, c‘est-à-dire les quatre derniers kilomètres, les questions viennent généralement assaillir le guide, dont l’incontournable : « Combien on a fait et combien il nous reste ? » Et c’est là que l’on reconnaît tout le talent, l’habilité, l’expérience, la psychologie d’un bon guide comme Christian. Alors qu’il nous avait vendu l’affaire pour 18 km, en moins d’une heure il passa de 19 à 20 pour finir à 21 km à la gare de Dourdan ! Le fameux bonus Sport et Nature. La Rando Vins et Fromages avait une fois encore tenu toutes ses promesses de convivialité imbibée et bouche pâteuse en honorant les richesses de nos terroirs vinicoles et nos trésors fromagers. Hips
Le département des Yvelines(78) fait partie des terrains de jeux préférés des randonneurs franciliens . Pour cette sortie en boucle de 32 km nous avons rejoint la gare de Beynes sur la ligne N de Mantes-La-Jolie, c’est à dire à ouest du département.
La Vallée de la Mauldre est la portion la plus intéressante de cette longue randonnée. Histoire de faire bonne mesure, nous l’ avons complétée en commençant par un large écart vers l’est pour rejoindre Les Alluets-le-Roi . Côté panorama, la Vallée de la Mauldre encaissée dans les plaines et plateaux , dessine un paysage attractif par contraste avec son environnement dominant de grandes cultures étirées à l’horizontale. Occupée depuis très longtemps, elle offre aujourd’hui une image à la fois agricole, boisée et urbanisée. Les bourgs historiques, contraints par la rivière et la topographie, ont vu leurs extensions gagner à la fois en longueur dans la vallée et en hauteur sur les coteaux.
Malgré les apparences, cette randonnée cache bien son jeu, avec plus de 1000 de dénivelés cumulés ! Une fois qu’on y s’est engagé, cet itinéraire laisse peu de solutions pour l’écourter. il faudra donc persévérer jusqu’à la vallée pour reprendre éventuellement un train. Pensez également à prendre suffisamment d’eau les jours de fortes chaleurs même si vous trouverez en chemin deux cimetières pour refaire le plein.
Un parcours périurbain de 22 km pour découvrir la mutation d’une zone composée de 11 communes définissant le périmètre de la ville nouvelle SQY née en 1972.
A l’occasion de sa 41e sortie dans l’univers périurbain d’Ile-de-France, Le Voyage Métropolitain proposait cette fois un nouvelle marche exploratoire de 19 km, entre les gares de Trappes et Jouy-en-Josas, en passant par SQY, autrement dit Saint-Quentin-en-Yvelines.
SQY abréviation marketing en vogue ou relooking verbal dû à la nouvelle génération, dont la résonance anglo-saxonne symbolise la mutation d’une ville nouvelle née dans les années 1970, lors du projet d’urbanisation visant à absorber la croissance démographique vertigineuse de Paris. Au total cinq villes nouvelles allaient ainsi naître : Evry (1967), Cergy-Pontoise (1969), SQY (1970), Marne-La-Vallée (1972) et Sénart (ex-Melun en 1973).
Avec des décennies de recul, le « grand ménage » imaginé par De Gaulle semble s’essouffler. Le bilan 2013 dénombre 850.000 habitants pour ces cinq villes qui absorbaient 50% de l’ accroissement démographique francilien contre 1/6 aujourd’hui.
Nous sommes près de 80 marcheurs à descendre à la gare de Trappes. La majorité est parisienne intra-muros, architectes, paysagistes, étudiants, urbanistes, quelques journalistes et autres randonneurs en quête de découverte exotique. Nous marchons en une longue file avant de faire une première pause sur un site désormais classé aux Monuments historiques : Les Dents de Scie, créé en 1931 par les architectes Henri et André Gutton. Cette composition de 40 pavillons disposés à 45° avait pour but d’offrir un « chez soi » aux locataires tout en favorisant la convivialité et la lumière, un exemple de ce qui deviendra un spécimen atypique du « logement social ».
Malgré des apparences trompeuses, ce promeneur anodin presque banal cache bien son jeu. Il est affligé à sa façon d’un ou plusieurs des 7 péchés capitaux ! Aussi, en ce vingt-huitième jour avant Pâques, chers frères et sœurs, passons en détail ce qui nous afflige tous et nous voue à la justice divine !
La Colère
A cartoon hiker man looking angry.
Nous avons tous eu l’occasion de voir le randonneur piquer une de ses crises, notamment dans un cas particulier : lorsqu’il rate son train de retour d’une sortie pour rentrer chez lui. Alors que des kilomètres de marche doivent normalement lui apporter la détente, que la fatigue des dénivelés importants sont censés le plonger dans une sorte de béatitude, que la nature accueillante a tout pour apaiser son âme de citadin stressé, il n’ en est rien. Le randonneur errant sur le quai de la gare déserte et asphyxié par une course désespérée vers son train qui s’éloigne entre dans un état second. Le malheureux guide sera le premier à en prendre pour son grade, accusé d’un manque flagrant d’anticipation. Puis il peste contre le groupe entier, cette bande d’incapables ne comprenant pas que cette condamnation à une heure d’attente le prive de son émission de télé favorite, que sa femme va encore lui faire une scène, énième épisode d’une vie de couple au bord de la rupture ! Et puis l’homme est en colère contre lui-même, se jugeant déjà si peu endurant, à son âge, au point de ne pas pouvoir sprinter quelques dizaines de mètres. Dans les cas extrêmes, il passe de la colère au renoncement : » La rando, c’est fini, l’heure de la pétanque ou de la pêche à la ligne a sonné ! » Et d’ajouter : « Faudra pas qu’on me cherche sinon ça va barder ». On ne se refait pas.
L’Envie ou la Convoitise
Regardez ce randonneur, un mec en pleine santé dont la libido ne peut être entamée par les 2 000 km qu’il avale chaque année. Son épouse s’en étonne parfois, elle qui aimerait finir son WE tranquille sans avoir à se plier au devoir conjugal dominical avec ce compagnon inépuisable. Quant au randonneur célibataire lâché en liberté, aussi vert que la nature au printemps, il a du mal à contenir ses pulsions…, ses envies. L’affluence féminine dans les groupes de rando (80%) lui donne le tournis, réveille la bête qui dort en lui et il ne cesse de scanner les randonneuses sous toutes les coutures. Insoupçonnable mateur, il évalue, scanne, mesure de son œil lubrique les courbes de chacune et se laisse porter par ses fantasmes à la vue d’un fessier magnifique. Le randonneur souffre ainsi le martyr dans les montées derrière tant de rondeurs ou durant les pique-niques d’été lorsque la randonneuse débarrassée enfin de ses oripeaux synthétiques dévoile une poitrine généreuse insoupçonnée. Cette envie le pousse à dépasser les limites de l’audace et de convoiter même la marcheuse esseulée ce jour-là, mariée, concubine ou pacsée. Bien sûr il se hait, tente de se raisonner, regarde la nature s’épanouir en guise de diversion, puis renonce devant des jambes bronzées. Il est déjà foutu !
L’Orgueil
Il le savait, il n’aurait pas dû écouter les récits des aventures des uns et des autres, et surtout il n’aurait pas dû s’inscrire à ce trek dans l’Himalaya alors qu’il peine chaque semaine à boucler les 20 km dans la forêt sans relief de Ferrière ou Saint-Germain-en-Laye. Mais l’orgueil du randonneur ne connaît pas de frontière et son appétit d’exploit le met souvent au pied d’un sommet sans doute bien trop haut pour lui. Pourtant ce matin-là, en descendant du train à Bourron-Marlotte au fin fond de la Seine-et-Marne, il imaginait déjà raconter à ses congénères du club de marche « seniors et crapahute… » buvant ses paroles comment « il en avait ch… » pour vaincre trois cols d’affilée à plus de 4 000 m. Cette performance aurait à coup sûr embellit son image auprès de la gent féminine. Raté. Au lieu de cela aujourd’hui il devait se murer dans le silence gardant au plus profond de lui son pitoyable secret : un rapatriement le premier jour après sa chute sur l’escalator à l’aéroport de Katmandou ! Destin cruel mais providentiel. Il avait au moins échappé à l’Himalaya. Ouf !
La Gourmandise
Prenons le cas de cette randonneuse lourdement chargée. Son sac à dos n’a rien à envier à celui d’une trekkeuse partant trois semaines camper au Cap Nord en autonomie totale. Et pourquoi ? Il contient suffisamment de nourriture pour résister plusieurs jours à une prise d’otage. Son contenu de friandises en tous genres à de quoi vaincre les crises d’hypoglycémie d’un bataillon de chasseurs alpins à l’exercice. Et oui, c’est une gourmande, elle ne s’en cache pas. Et comment le pourrait-t-elle lorsque chacune des coutures de son short crie pitié ?! La randonneuse gourmande ne se contente pas de ses propres réserves. A l ‘heure du pique-nique, comptez sur elle pour trouver une place stratégique au milieu du groupe, histoire de ne rien rater de la ronde des desserts gentiment préparés par les autres. On ne la verra jamais refuser une portion de cake, même mal cuit, ni faire passer une assiette sans prélever son dû et d’en reprendre même au retour ! Enfin, au fil des tours de plats, une fois rassasiée la gourmande cumule, thésaurise, stocke… pour le voyage du retour !
La Luxure
A l’origine, la Luxure désigne l’expression d’un désir désordonné, d’une jouissance déréglée. Il s’agit de la recherche sans retenue des plaisirs de l’amour physique, des plaisirs sensuels. Une sorte de débauche. On distingue trois sortes de péchés en chair : le blasphème (juron), l’intempérance (l’excès) et la luxure. D’après Dante, la luxure fait partie du deuxième cercle de l’Enfer ! A première vue, le randonneur lambda suant sur les sentiers boueux un matin d’hiver ne présente pas de signe apparent de luxure. Cependant au fil des kilomètres ou après un pique-nique particulièrement arrosé, il peut se livrer à certaines confessions voire montrer quelques photos très intimes. La découverte de ce randonneur dans le plus simple appareil en train de butiner cette randonneuse que vous trouviez si sage voire coincée a de quoi provoquer soit l’indignation soit déclencher des phantasmes inavoués. Nous ne remercierons jamais assez le randonneur « luxurant » qui apporte une touche érotique si rare dans le monde de la rando si peu sexy !
L’Avarice
Vous et moi croisons souvent ce randonneur ou cette randonneuse équipé comme l’as de pic depuis des années malgré une situation financière satisfaisante. Son sac à dos raccommodé de toutes parts remonte probablement aux premières ascensions alpines, et son dernier shopping de fringues dans un magasin de sport correspond sûrement à l’ouverture du premier Trigano ! Derrière un côté vintage sympathique se cache en fait le vrai radin. On ne le voit jamais prendre un verre à la fin de la randonnée et encore moins payer sa tournée. Si par miracle il se fait piéger à s’assoir à une table, il s’arrange toujours pour ne plus avoir de monnaie. Depuis vingt ans il n’a jamais cassé son PEL plein à craquer pour se payer un trek organisé à l’étranger. La caricature semble grossière mais c’est bien une réalité. Prenons par exemple les chemins de Compostelle. Bien des pèlerins finissent pas devenir radins à force de rechercher les gîtes les moins chers et ne viser que les menus de pèlerin bon marché, même les plus infâmes !
La Paresse
Pénétrons discrètement chez ce randonneur qui peine à émerger après la quatrième sonnerie de son réveil. Dans un semi comas il repense à son rendez-vous à la gare avec le groupe. Il se lève avec mille efforts, constate que le temps est à la pluie et se recouche. Accablé de culpabilité, il se relève tout de même pour se préparer son déjeuner et constate qu’il n’ a plus de pain… trop flemmard pour en acheter hier soir. Il ouvre le congélateur pour en tirer une baguette surgelée, puis le referme. A quoi bon, se dit-il, le temps est pourri, en se massant soudain une cheville étrangement endolorie. Après un diagnostique express il conclut à un début probable d’entorse. Pas le moment d’aggraver le mal, faut être raisonnable et savoir renoncer ! Pourtant, il a fini par rejoindre ses congénères sur cette randonnée, rien de bien méchant, juste une vingtaine de kilomètres. Personne n’a vraiment compris pourquoi il a quitté la rando pour rejoindre une gare à mi-parcours. C’est la quatrième fois depuis le début de l’année… une fatigue tenace sans doute ?!
(Remerciements à tous les talentueux dessinateurs) et chouba.fr
Pourquoi faire long et moche quand on peut faire court, splendide et tonique ? Le débat de randonneurs entre ces deux écoles a encore de beaux jours devant lui. Les clubs et associations ne cessent de réfléchir sur de nouvelles formules pour satisfaire des adhérents aux aspirations et aux profils très disparates . En gros, on peut estimer que la distance de 20 km reçoit le consensus d’une large majorité Avec l’expérience et l’entraînement, les randonneurs ont tendance à pousser le curseur toujours plus loin. Selon les dénivelés et le météo , ils visent alors des distances de 25 à 30 km. Cela dit je randonne parfois avec des marcheurs qui semblent s’ennuyer et qui arrivent au terme des sorties à peine fatigués et parfois frustrés par la distance. Ainsi Nelly, la trentaine marche sans aucun effort avec une certaine non nonchalance et semble toujours en avoir sous la semelle. Marnia, la soixantaine, ne tient pas en place, vous ne la trouverez jamais en queue de rando mais toujours très loin devant . Son besoin d’effort et est tel qu’elle court parfois sur des portions ou fait des aller-retour sous le regard perplexe de ses congénères ! L’une et l’autre n’atteignent que rarement leurs limites et visent les randos au-delà des 30. Toutes deux pensent déjà s’orienter vers l’Audax la discipline 100% endurance de la FFRP réunie des marcheurs sur distances de 25, 50, 75 et même 100 km . Ces exceptions mentionnées, beaucoup de randonneurs sélectionnent réellement leurs sorties d’abord en fonction de la distance. Les sorties en groupe peuvent alors un nombre important de participants .. trop ! Prenons une distance de 20 km évoquée , un beau soleil et un départ pas trop tôt en gare, la rando fait alors le plein avec parfois plus de 40 participants . Ce qui n’est pas vraiment l’idéal en terme de convivialité et image de la randonnée. Au-delà de 30 km, un seuil psychologique déterminant, un rythme soutenu annoncé, les groupes ne dépassent une douzaine de candidats. La sélection naturelle opère.
La solution intermédiaire : distance moyenne et rythme soutenu
Un parcours tonique de 18km , allure soutenue. Un bon compromis ?
Christian, guide expérimenté depuis quelques années dans l’association Sport et Nature a testé une formule intermédiaire en proposant seulement 18 km mais à une allure supérieure à 4,5 km/h. Nous étions seulement dix-huit randonneurs ce dimanche là au départ de la gare de Bois-le-Roi en forêt de Fontainebleau. Le soleil était de la partie et le vent violent faisait parfois craquer quelques branches autour de nous . Entre rochers, buttes et plaines le profil avait de quoi maintenir un rythme soutenu sur l’ensemble de ce parcours de 18 km . Résultat : le compromis endurance et
Le profil varié : un élément clef pour lutter contre la monotonie.
vitesse a satisfait le groupe dans sa majorité , ravi au demeurant d’avoir le temps de partager un verre à Fontainebleau et de revenir sur Paris vers 16h30 . Lorsqu’il est compliqué pour les associations de doubler les randonnées hebdomadaires pour des contraintes d’encadrement (une courte, une longue, deux guides) , la solution passe peut être par une formule intermédiaire : partir sur une rando soutenue et longue de 30 km ou plus mais prévoir sur le parcours un point de retour (gare ou co voiturage ) à 18 ou 20 km . Cette formule ne peut être que ponctuelle car elle implique forcément des contraintes logistiques et de tracés préalables de parcours. Le choix de la distance repose sur des objectifs personnels . Certains ont besoin de cumuler des kilomètres afin de monter en endurance pour participer à des treks. D’autres trouveront dans des sorties hebdomadaires faciles, et guidées un programme oxygénant suffisant. Pour ma part, j’ai désormais tendance à choisir des randos de groupe basées sur la qualité sur des distances de 24 à 30 km, avec un dénivelé intéressant moins monotone, avec si possible la beauté de l’environnement. La météo arrive au second plan . J’évite cependant les températures extrêmes et les niveaux de pluie rendant les chemins impraticables.
A votre avis fidèles lecteurs de ce blog passionnant, que justifie un titre d’article aussi affligeant ? Réponse : des kilomètres de lignes droites interminables dans une forêt d’une monotonie mortelle plongée dans une grisaille déprimante ! Vous l’avez compris, il s’agit bien d’un article d’humeur, surtout de mauvaise humeur où il est traité d’une randonnée où je n’aurais pas du être . Nous sommes ce matin-là de février en Seine et Marne . Le RER A pris à Nation dépose le groupe dans la gare déserte de Bussy-Saint-Georges. Pour vous, visiteurs de province, qui ne connaissez pas bien la banlieue Est de Paris, sachez que Bussy est disons un dommage collatéral de la création du parc Disneyland de Marne-La-Vallée . La ville totalement neuve semble sortie de nulle part, de ce qui fut jadis la campagne. Il a donc fallut traverser une litanie de petits immeubles tous identiques pour rejoindre la forêt de Ferrière-en Brie, non s’en enjamber l’autoroute A4 , un échangeur et enchaîner quelques rond-points d’une zone commerciale classique, en taule ondulée. A cet instant précis de la randonnée, on peut envisager deux solutions. Soit reprendre le RER illico et se faire l’intégrale des trois saisons de Picky Blinders sur Netflix en survêt sans lâcher son paquet de chips grasses de chez Auchan . Soit faire preuve d’un sang-froid rare doublé d’un optimisme à toute épreuve et croire que tout va s’arranger une fois dans le bois. J’ai opté pour la seconde , sans doute moralement requinqué par la vision romantique mais hélas trompeuse du Château de Ferrière. Ce fut l’ultime décor supportable de notre itinéraire programmé sur 25 km , l’heure de la punition allait bientôt sonner . Menés par mister X. notre guide-stagiaire en formation sous les ordres de miss Y. nous avons passé la matinée à zigzaguer sur des chemins dont le dénivelé ne dépassa guère les douze centimètres , des lignes droites qui se perdaient à l’infini . A force de tirer des bords pour tenir ce programme dément dans cette forêt aussi étriquée , nous sommes évidemment passer parfois aux mêmes carrefours ! Je gardais mon calme et prenais mon mal en patience jusqu’au moment ou un coup de sifflet strident, le troisième ou le quatrième , me sortit de ma torpeur. C’était pour signaler au groupe la fin du pique-nique. Visiblement le guide-stagiaire , probablement ex-militaire ou chef scout, confondait terrain de basket et randonnée. Je lui fis part de mon profond agacement sachant que sifflet , marche et nature sont pour ma part incompatibles. L’incident en resta là , nous sommes repartis en fixant l’horizon aussi étroit que lointain, en gardant l’espoir d’un virage miraculeux. Au milieu d’après-midi, après 20km d’une rectitude parfaite que mêmes les corbeaux semblaient bouder, je suggérais à miss X. d’abréger nos souffrances. Nous avions atteint une dose d’ennui suffisante. Ma persuasion nous fit gagner 3 km de lignes droites ! C’est donc avec une sorte de délivrance, après un angle droit improbable que j’ai aperçu la gare RER d’Ozoir-la-Ferrière au milieu d’un lotissement et de commerces d’une tristesse susceptible de pousser un pitbull du coin au suicide. C’est vous dire . Allez, l’Ile-de-France reste un magnifique terrain de jeux pour les randonneurs parigots, ce qui n’exclut pas un raté même chez les talentueux et dévoués mister X et miss Y !
A vous de jouer pour résoudre cette équation de rando en Asso à deux inconnues 😉
Parmi les valeurs sures de la balade, pas de doute la Vallée de Chevreuse occupe une place de choix dans le cœur des randonneurs d’Ile-de-France. Il faut dire que la région présente tous les ingrédients pour assouvir ses besoins de nature. Elle est d’abord d’un accès facile puisque 50 mn suffisent pour rejoindre notamment la gare St Rémy-Les-Chevreuses par le RER B depuis la capitale. Le réseau hydrographique de l’ Yvette et ses affluents forme avec les hauts plateaux adjacents des itinéraires vallonnés à souhait. Les paysages alternent entre bosquets, plaines verdoyantes, combes et grandes allées boisées. Enfin, le patrimoine historique apporte une touche culturelle complémentaire en suggérant de nombreuses idées de visites . La boucle de 25 km que je vous propose vous fera découvrir toutes les facettes de la Vallées de Chevreuse avec des passages remarquables au Château de la Madeleine ou à l’abbaye de Port-Royal. Une grande partie de ce parcours emprunte le Chemin de Jean Racine parfaitement balisé et au bornage caractéristique (voir l’encadré). Côté niveau technique, mieux vaut avoir un peu d’entraînement pour tenir les 25 km et ses quelques longues montées. Prudence, le parcours coupe des routes assez fréquentées le week-end, donc restez attentifs aux intersections. Cette randonnée très agréable au printemps passe sur certains tronçons par le GR11 et le PNR balisé en blanc et bleu. Pour plus de précision et histoire de concevoir votre propre rando, munissez-vous dans la carte IGN 2215 OT.
Long d’environ 5 km, ce chemin historique relie le site de Port Royal au Château de la Madeleine à Chevreuse où résidait l’oncle de Jean Racine, l’intendant Vitar.
Le poète y séjourna lui-même plusieurs mois en 1661 d’où il supervisa les travaux du château. C’est en 1939 que le Touring Club de France, à l’occasion du tricentenaire de la naissance de l’écrivain, traça de ce chemin qui fut officiellement inauguré par Albert Lebrun. Pour marquer cet anniversaire, le Touring club de France offrit les 7 bornes réalisées par Michelin qui jalonnent encore aujourd’hui le sentier. L’inscription sur ces bornes des vers de Jean Racine en 1956, fut inspirée en majeure partie par la beauté de la Vallée de Chevreuse. D’autres poèmes y rendent également hommage dans son œeuvre.